L’UDC vaudoise minée par ses chefs

La présidente Fabienne Despot est accusée d’avoir enregistré des conversations de collègues de parti. Un congrès extraordinaire est agendé le 13 août, alors que les espoirs fédéraux de la section s’amenuisent

L’UDC vaudoise minée par ses chefs

Dissensions La présidente Fabienne Despot est accusée d’avoir enregistrédes conversationsde collègues de parti

Un congrès extraordinaire est agendé le 13 août

Les espoirs fédéraux de la section s’amenuisent

Depuis son apparition devant les médias, lundi, Fabienne Despot garde le silence. La pression monte de jour en jour sur la présidente de l’UDC Vaud, qui admettait en début de semaine avoir enregistré sans leur accord trois de ses collègues de parti. Sur plainte, le geste est passible d’une peine privative de liberté, selon l’article 179 bis du Code pénal. Mais la sanction, pour la présidente, tombe sous la forme d’un désaveu politique.

Lâchée par les ténors de son parti, les conseillers nationaux vaudois Guy Parmelin et Jean-Pierre Grin, dans les heures suivant son aveu, elle est poussée à la démission par une frange chaque jour plus grande de l’UDC. Dernier acte de la crise ouverte qui mine la formation à trois mois des élections fédérales: le comité central du parti a décidé in extremis de convoquer un congrès extraordinaire, qui se tiendra le 13 août prochain, à quatre jours du délai du dépôt des listes pour les élections fédérales. La semaine dernière encore, la direction du parti ne jugeait pas nécessaire d’organiser une telle séance d’urgence. «L’ampleur qu’a prise cette affaire l’a incité à réévaluer sa position», explique Kevin Grangier, secrétaire général du parti.

Le torrent qui se déchaîne ces jours contre la présidente prend source dans des rivalités individuelles anciennes qu’aucune instance supérieure n’a jamais arbitrées. Le flot de réprimandes se nourrit aussi d’un état d’esprit patriarcal au sein du parti, comme en témoignent les propos de Fabien Deillon lundi dernier au sujet de la présidente: «C’est une gonzesse émotive, elle nous fait un caca nerveux.» Fabienne Despot est accusée d’avoir manqué de leadership, de privilégier ses ambitions au détriment du parti, et qualifiée de «pomme pourrie» par le député au Grand Conseil Pierre-Yves Rapaz.

«Nous sommes encore dans un système machiste, estime l’ex-député Gabriel Poncet. Pour certaines personnes, c’est à peine admissible qu’une femme possède des responsabilités au sein du parti.»

Le 13 août, Fabienne Despot sera amenée à «présenter sa version des faits» devant 200 membres du parti, qui devront ensuite décider si, oui ou non, ils souhaitent maintenir sa candidature aux élections fédérales ainsi que son poste de présidente. Si elle se retire d’ici là, le congrès devra déterminer qui, parmi d’éventuels candidats qui sont appelés à se manifester, pourrait la remplacer dans la course au Conseil des Etats. Le parti pourrait finir par ne conserver qu’un seul postulant à la Chambre des cantons: Michaël Buffat. C’est ce que souhaite Claude-Alain Voiblet, annonçant d’ores et déjà qu’il ne se portera pas volontaire pour «éviter d’aviver un nouveau champ de tensions». La présidente, entend-on, serait quant à elle toujours déterminée à maintenir sa candidature.

L’UDC Vaud, offrant un spectacle navrant au moment même où démarre la campagne pour les élections fédérales, voit s’éloigner ses espoirs de décrocher un cinquième siège à Berne. La faction est sur le qui-vive. «Nous devons décider lors de ce congrès quels risques le parti est prêt à prendre dans ces circonstances. Mais, je ne cesse de le répéter, il ne s’agit pas de faire le procès de Fabienne Despot», souligne Kevin Grangier.

Pourtant, les rivalités personnelles au sein du parti vaudois n’ont jamais cessé de l’emporter sur les considérations stratégiques. L’agitation actuelle n’est qu’un nouvel épisode d’une saga qui dure depuis plusieurs années. L’inimitié entre Claude-Alain Voiblet et Fabienne Despot n’est un secret pour personne. Les plus fervents partisans du vice-président de l’UDC et ancien chef du parti sont aussi les détracteurs le plus virulents de celle qui lui a succédé en 2013. Arrivée à la présidence en décembre cette année-là par défaut, puisqu’elle était la seule candidate, Fabienne Despot avait la tâche de ramener le calme au sein d’une section en proie à des guerres de clans. Sans appui véritable, certains considéraient déjà qu’ils l’envoyaient au casse-pipe.

Cette ingénieure en chimie apparaissait comme une femme de poigne, foncièrement conservatrice et nationaliste, membre de l’ASIN (Action pour une Suisse indépendante et neutre), même si ses opinions ne sont pas toujours alignées sur celles du parti. Elle se trouve aujourd’hui rattrapée par cette crise, qui prend racine dans les dissensions au sein de la section lausannoise du parti en 2014.

Une faction de rebelles s’oppose alors à Claude-Alain Voiblet, Jurassien bernois débarqué en terres vaudoises en 2004, devenu peu à peu, après le vide créé par le décès soudain du conseiller d’Etat Jean-Claude Mermoud en 2011, une figure omniprésente. L’élu cumule les casquettes: secrétaire général de l’UDC Vaud de 2004 à 2012, avant d’en devenir le président, coordinateur romand du parti national, vice-président de l’UDC depuis mai 2012, il est en même temps conseiller communal lausannois et député au Grand Conseil vaudois depuis 2011. On lui reproche de dicter ses vues au parti, d’imposer sa méthode et privilégier ses alliés. Il incarne qui plus est la ligne urbaine, blochérienne de l’UDC, le «cheval de Troie de Zurich», ce qui a le don d’agacer certains députés de la base agrarienne. En août 2013, contesté et appelé à s’investir davantage au sein du parti national, il quittera la direction de l’UDC Vaud.

Loin de se tasser, le conflit s’envenime. Plainte d’une ex-compagne, soupçon d’avoir touché des indemnités de chômage indues, mauvaise gestion de comptes, les casseroles s’accumulent. Il dénonce des manigances de ses adversaires et dépose plainte contre inconnu pour divulgation de documents internes, convaincu que des fuites émanent du secrétariat général du parti dirigé par Fabienne Despot.

La direction de l’UDC Vaud décide de mettre en place une médiation entre le «clan Voiblet» et ses opposants. L’exercice conclut que Claude-Alain Voiblet n’a commis «aucune faute». On prie quatre membres rebelles de la section lausannoise de démissionner, parmi lesquels Jean-Luc Laurent. Entre-temps, celui qui est passé au PBD se lie avec l’ex-compagnon de Fabienne Despot, Fred Reichenbach, ancien inspecteur de la police à Genève, détective depuis vingt ans. Fred Reichenbach suggère à Jean-Luc Laurent d’utiliser l’enregistrement que Fabienne Despot avait laissé sur son appareil comme «pièce de négociation» pour tenter d’obtenir le rapport de médiation contesté.

Le détective valaisan raconte: «Cela ne devait pas donner lieu à un chantage. Jamais je n’aurais imaginé que cette affaire prendrait de telles proportions.» Il conteste avoir conseillé à son ex-compagne d’enregistrer la conversation, comme elle le suggérait lundi en conférence de presse. «Elle m’a dit qu’elle voulait enregistrer les propos de ses collègues. Je lui ai simplement prêté mon dictaphone en pensant qu’elle allait en informer les participants.»

C’était au printemps 2014. Philipp Stauber, président du groupe au Conseil communal lausannois et proche de Claude-Alain Voiblet, venait de rédiger une lettre ouverte incendiaire à la présidente, publiée dans 24 heures. Il l’accusait de «conduire l’UDC dans le mur». «Je pense toujours ce que j’ai dit», affirme aujourd’hui Philipp Stauber.

«Je lui ai simplement prêté mon dictaphone en pensant qu’elle allait en informerles participants»

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