La Chronique

L’UE face aux migrants

Rarement l’Union européenne n’aura donné une image aussi dévalorisante d’elle-même que ces dernières semaines, au moment de faire face à l’afflux des migrants. Quoique forte du collège de ses chefs d’Etat et de milliers de stratèges et de grands commis, elle n’a pas su prévoir un phénomène pourtant probable qui la dépasse. Alors que le chaos s’installe à ses frontières, elle parle en ordre dispersé. L’Allemagne, impulsive ou cynique, crée un appel d’air ingérable en affirmant accepter de recevoir 800 000 migrants. Quelques jours après, sans craindre la contradiction, elle se défausse en refermant ses portes. Alors qu’il est urgent d’agir, les membres de l’Union ne se montrent d’accord ni pour ouvrir les bras ou poser des barbelés, ni sur l’opportunité de répartir la charge ou de faire chacun pour soi.

A cette occasion, les Européens se sont beaucoup référés à la Suisse qui a su instaurer des quotas par cantons. Voulant, dans l’urgence, copier ce beau modèle, ils ont reçu un accueil glacial. Il n’est pas étonnant que les Etats se rebiffent car les institutions de l’UE ne sont pas calquées sur le système helvétique et il lui est donc impossible d’improviser une solidarité entre ses membres, ni une conception harmonieuse des problèmes. Au gré des événements récents, il devient patent que rien n’unit vraiment certains membres de l’Union, ni la prospérité, ni l’histoire, ni la philosophie politique. Il est donc inique de conspuer certains pays de l’Est sans les connaître et sans essayer de comprendre leur point de vue en regard de leur situation passée et actuelle.

Mais, si rien n’est plus étranger l’une à l’autre que la Hongrie d’aujourd’hui et la France ou l’Italie, sauf une vieille culture européenne que trente ans de communisme ont mise à mal, il ne leur reste alors que des intérêts matériels communs, vite oubliés face aux difficultés. Ce n’est pas pour rien que la première sanction évoquée par l’UE a été de couper le robinet des subventions. Mais quel incroyable aveu de faiblesse!

Dès lors que de nombreux pays ont rétabli leurs contrôles frontaliers ou envisagent de le faire, l’UE ne devrait-elle pas considérer avec des yeux nouveaux le vote du 9 février en Suisse? Et notre gouvernement mieux faire valoir le point de vue d’une majorité de ses citoyens qui, confusément, avaient anticipé l’avenir? Il serait optimiste d’imaginer que l’afflux de migrants va cesser comme par enchantement. Rien dans leurs pays d’origine ne les y encourage. En outre, le laxisme de l’UE envers les passeurs, sa politique étrangère cacophonique, ses pratiques encourageantes et les discours généreux de ses dirigeants laissent à penser que les portes sont grandes ouvertes. Qu’elles le soient aux réfugiés, il le faut, c’est notre honneur. Mais pas à l’entier des populations qui viennent chercher ici un asile économique ou rêvent de conditions sociales illusoires à si grande échelle.

Force est de constater que l’Europe est désormais submergée. Les scènes de plus en plus violentes qui se déroulent à ses marges en témoignent. Tout cela parce que l’émotion a pris le pas sur la raison et que l’inconscience politique a remplacé le courage, rude mais nécessaire, de dire oui aux uns et non aux autres.

mh.miauton@bluewin.ch