Les deux pannes du M2 sont la parfaite illustration d'un système développé par des ingénieurs pour des ingénieurs. Le commentaire entendu d'un des responsables du M2 («Il faut éduquer les voyageurs») démontre de la part des constructeurs du métro une méconnaissance profonde du comportement humain.

Ils placent la machine au-dessus de l'homme. L'utilisateur devient un mal nécessaire dont on se passerait volontiers pour que tout puisse fonctionner «comme sur le papier», comme un beau rêve d'ingénieur. Ces messieurs ont perdu de vue le but ultime de tout travail d'ingénieur: mettre un bon produit à disposition du public, un produit conçu, construit au service de l'homme [...].

La solution des pannes n'est pas de tout bloquer au moindre pépin. Actuellement, le système n'offre aucune souplesse, c'est-à-dire aucune sécurité intrinsèque. Il n'est pas tolérant à la faute, il est trop rigide.

Concernant les pannes de mauvais positionnement ou de perte de contact avec une rame, il suffit de ralentir l'ensemble du réseau et de laisser chaque rame rejoindre la prochaine station à vitesse très réduite avant de resynchroniser l'ensemble et de repartir à vitesse nominale. Un tel système à récupération fluide fait prendre 5 minutes de retard aux utilisateurs mais ne bloque personne durant une heure. De plus, sitôt les rames à quai, l'ouverture des portes libère les impatients. [...]

Les cadences ne seront plus strictement tenues à la seconde près mais ce n'est de toute façon pas ce que demande l'utilisateur. Du moment que celui-ci sait, grâce à un affichage idoine, quelle est l'attente jusqu'à la prochaine rame, la notion d'horaire exact est superflue.

Concernant les fermetures de porte, il suffit d'installer des klaxons et des gyrophares au-dessus de chaque porte. Lorsqu'un utilisateur force la fermeture ou l'ouverture, les gyrophares de toute la rame s'allument et le klaxon sonne à la porte en cause. Les portes s'ouvrent totalement et se referment à nouveau. La perte de temps est faible mais un système souple doit supporter un tel retard.

Au pire, toutes les rames sont mises en service lent jusqu'à ce que la rame en cause rattrape son retard et que le service puisse se synchroniser pour repartir à vitesse de croisière. Encore une fois, un système souple et tolérant à la panne offre un meilleur service. [...]