«Macbeth» pour un seul homme

Dan Jemmett dirige David Ayala dans une version en kit de la tragédie. Colossal

«Fred, je veux que tu passes à travers le tunnel… Fais-nous passer à travers le tunnel.» David Ayala toujours aussi percutant, toujours aussi colossal! Dans la dernière facétie de Dan Jemmett, Macbeth (The notes), le comédien français joue un metteur en scène excédé qui aimerait que ses comédiens aient la même fulgurance que l’oiseau malin dans Bip Bip et Coyote… Sa troupe a travaillé pendant quatre mois sur Macbeth, la répétition générale vient de se terminer et, visiblement, le spectacle n’a pas atteint l’ampleur souhaitée. Le vrai faux metteur en scène arrive alors avec ses notes et, d’explications en démonstrations, finit par jouer en solitaire les moments clés de la tragédie. David Ayala, Dan Jemmett. Deux esprits lestes en phase avec Shakespeare. Deux redoutables forces de frappe théâtrales qui provoquent rires et serrements de gorge avec la même facilité. Le spectacle à l’affiche du Théâtre du Jorat, à Mézières, ne se joue qu’un soir. Il s’agit donc de ne pas le manquer.

Le public romand connait bien Dan Jemmett. Depuis plus de dix ans, ce metteur en scène anglais établi en France presse Shakespeare pour en tirer le meilleur. Premier coup de maître? Shake, en 2002, à Vidy-Lausanne. Ou comment jumeaux, prince et princesse d’une Nuit des rois secouée vivaient leurs émois les pieds dans le sable, la tête dans les étoiles. Derrière eux, des cabines de plage qui faisaient office de coulisses et de loges. Devant eux, un public séduit par une simplicité si éloquente. Plus tard, Dan Jemmett a élargi ce théâtre en kit à d’autres auteurs: Middleton, Molière, Jarry. Mais il reste un fidèle du grand Will, dont il parvient à souligner l’humanité avec trois fois rien, un regard, une boutade, un accessoire.

David Ayala, tête de boxeur pour corps de déménageur, est un familier de cet univers. En 2003, il composait le rôle-titre de Dog Face, aussi à Vidy, et donnait à ce truand à tête de chien imaginé par Middleton une aura déchirante. Né dans une cité-dortoir à proximité d’Arles, le comédien peut puiser dans un passé musclé, en rupture comme on dit, pour alimenter ses personnages les plus corsés. «Je partage avec Dan Jemmett une enfance très populaire, voilà pourquoi on se comprend si facilement», expliquait David Ayala dans un portrait (LT du 14.12.2014) réalisé lors de son incroyable performance dans La Comédie des erreurs, toujours à Vidy. Ou comment Dan Jemmett transportait cette histoire de quiproquos entre quatre jumeaux dans un Biergarten avec WC en plastique et boules à facettes disco…! David Ayala incarnait deux frères jumeaux en passant à vue d’un personnage de crooner à celui de grand fou coincé. Renversant!

Dans Macbeth (The notes), le décor est plus sobre, une table, une chaise, une baignoire ensanglantée. Et David Ayala est seul en scène pour recréer le régicide. Mais cet acteur est une planète, une montagne. Un océan d’expressions et d’émotions. «Ce qui a commencé dans le mal, s’affermit dans le mal», chuchote-t-il, lugubre. La salle se met à trembler. Où il est, Shakespeare doit adorer.

Ve 27 juin à 20h. Mézières (VD). Théâtre du Jorat. (Loc. 021 903 07 55, www.theatredujorat.ch).

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