«Je suis depuis quatre ans en Suisse, appelée par la rédaction du journal. Or, je n'étais pas préparée à ce statut de mal-aimée. Ce refus ne se manifeste pas dans la communication directe, c'est plus subtil. Dans les conversations, les rapports sont très agréables mais le malaise se ressent au fil du temps, au détour des commentaires glissés sur les Allemands. Généralement c'est quelque chose de sous-jacent, exacerbé par la couverture médiatique. Mon premier choc fut il y a deux ans: un article de la NZZ am Sonntag s'évertuait à montrer que les Allemands peuvent constituer une «chance» pour la Suisse. Cela dit, je comprends les questions qui se posent, aussi par rapport à la langue, quand un si grand nombre de personnes arrivent d'un même pays. La Suisse a sa propre culture, son propre art de vivre, sa propre mentalité. Et peut-être que les Allemands n'ont pas en tête ces particularismes lorsqu'ils arrivent ici. Ils partent du principe que tout est similaire. Je l'observe aussi dans les comportements. Si un voyageur dans le train écoute de la musique trop fort, je ne lui ferai pas de remarque. En Allemagne, je n'aurais pas hésité. Mais je redoute le reproche d'être trop dominante. Dans mon cas, la publication du livre a facilité mon intégration. Dans le milieu littéraire, je n'ai jamais ressenti le poids de mes origines. Mais quand je lis certains titres de presse «sur les records d'affluence», la première réaction est une envie de fuite. En fait, j'aimerais surtout être la bienvenue. Car les gens qui parlent fort ne sont pas tous des Allemands. Et quand j'entends mon fils de 11 ans me répondre en dialecte, je dois reconnaître que c'est ici qu'il est à la maison.»