Depuis vingt ans, Fabrice Gorgerat pratique un théâtre unique en Suisse romande. Un théâtre sensoriel qui brasse avec audace matières, sons et images pour avancer par implications poétiques plutôt que par explications logiques. Ainsi, dans sa dernière création, Médée-Fukushima, le metteur en scène vaudois racontait la catastrophe nucléaire à travers des fantômes de plateau qui perdaient leurs cheveux par poignées ou apparaissaient couverts de piques, sortes d'épouvantails atomiques.

Après la catastrophe nucléaire, Fabrice Gorgerat s'est penché sur une autre catastrophe, moins frappante, mais plus meurtrière: l'obésité. Pour Manger seul, il a étudié de près le sujet avec Yoann Moreau, son référent scientifique, et a appris que la cause de la malbouffe résidait en grande partie dans l'abandon de la pratique commensale: l'être humain ne se met plus à table avec ses semblables et c'est cette désertion qui fait de lui une victime du surpoids. Voilà pour le constat, mais le théâtre de Gorgerat ne fait pas dans le bilan analytique. Sûr que sa proposition saura capter les résonances sensorielles de ce mal sournois.