Un paysan conduit sa fille dans un institut géré par des nonnes. Elle est attachée au siège de la carriole. Car Marie Heurtin (Ariana Rivoire), 14 ans, est sourde et aveugle. A peine son père est-il reparti que la fille mène une pagaille invraisemblable dans le couvent, crie, griffe et se réfugie sur un arbre comme un chat blessé. On la renvoie chez elle. Sœur Marguerite (Isabelle Carré) refuse d'admettre que la malheureuse est irrévocablement murée dans sa nuit et son silence, bannie de l'humanité. A force d'insister, elle persuade la Mère supérieure d'aller rechercher Marie. Sa vie devient un enfer. Mais à force de patience, elle réussit à établir un contact, à enseigner à la sauvageonne les rudiments du langage des sourds. Marie s'ouvre aux autres et au monde... Des bonnes sœurs guidant une infirme vers la lumière... Bons sentiments et bondieuseries au menu? Le pitch de Marie Heurtin peut en rebuter plus d'un. Cinéaste atypique capable d'exprimer la lumière d'une fin de vie (C'est la vie, avec Jacques Dutronc), de s'essayer au film de boxe (Poids léger), de ciseler une comédie sentimentale bizarre (Les Emotifs anonymes, avec Poelvoorde et Isabelle Carré) ou d'adapter un roman de Victor Hugo (L'Homme qui rit), Jean-Pierre Améris se souvient de Miracle en Alabama pour réaliser un drame soulevé par un mouvement ascendant irrésistible. Il parvient même à suggérer la transcendance. Mais sans catéchisme. Attaché à l'humanité des personnages, il va jusqu'à débusquer le péché d'orgueil chez les religieuses.