Martine Brunschwig Graf a annoncé dimanche soir sur les écrans des trois chaînes de télévision nationales qu’elle se met à disposition de son parti cantonal pour briguer un siège au Conseil fédéral. Le règlement de la succession de Pascal Couchepin franchit ainsi une étape décisive. Survenant quatre jours après la déclaration de candidature du Neuchâtelois Didier Burkhalter, la décision de la Genevoise permet de décanter une situation qui commençait à comporter un peu trop d’incertitudes pour le Parti libéral radical.

Ces incertitudes nécessitaient que le président du parti, Fulvio Pelli, demeure plus que jamais prudemment à l’arrière-plan comme un recours possible. Mais cette posture a continué à alimenter le doute sur la réalité de ses intentions. Le moindre mouvement de l’un ou l’autre acteur secondaire s’est vu analysé comme une manipulation du président du parti pour arriver à ses fins par des voies détournées, contribuant à nourrir la confusion. Maintenant que les deux favoris sont effectivement dans la course, la pression devrait notamment diminuer sur le Tessinois. Le PLR s’est d’ailleurs réjoui de l’annonce de la candidature de Martine Brunschwig Graf.

La confusion

Peut-être bien que l’appareil du PLR a joué avec le feu. Il a stimulé une certaine émulation dans ses rangs, histoire de montrer que la jeune garde est prometteuse, même si son heure n’est pas encore venue, avant que les candidats sérieux n’entrent en lice. Quelques jeunes loups se sont ébroués avec plus ou moins de bonheur. Puis sont venus des moments d’inquiétude. Les hésitations de Didier Burkhalter et de Martine Brunschwig Graf ont commencé à créer le doute. Etait-il vraiment inconcevable que les deux favoris finissent par déclarer forfait?

L’équipée sauvage de Christian Lüscher n’a pas peu contribué à ajouter à la confusion et elle obéit peut-être à d’autres motivations que celle de faire un tour de carrousel pour prendre date. Une analyse assez largement partagée à Berne arrive à la conclusion que l’avocat genevois a «pété les plombs» (sic), en se voyant déjà conseiller fédéral grâce à l’appui de l’UDC, d’autant plus qu’il a accumulé plusieurs maladresses. Il a surtout bénéficié du soutien, si ce n’est de l’impulsion d’une équipe de comploteurs-nés, amateurs de «coups», à l’extrême droite du parti. On y retrouve Philipp Müller (AG), Filippo Leutenegger (ZH), Otto Ineichen (LU), Marianne Kleiner (AR) et la liste n’est pas exhaustive. Il est difficile d’y deviner un autre objectif autre que celui de tirer le parti vers la droite et vers l’UDC.

A moins que la manœuvre ne serve les intérêts de la Saint-Galloise Karin Keller-Sutter, d’ores et déjà favorite pour la succession de Hans-Rudolf Merz. Le Conseil fédéral compterait quatre femmes si Martine Brunschwig Graf était élue. Une cinquième aurait certainement de la peine à faire son chemin. D’où l’utilité de lancer un compatriote dans les pattes de la Genevoise. En tout état de cause, il paraît absurde d’y voir une manœuvre en sous-main de Fulvio Pelli, comme on a pu l’entendre, le groupe identifié ci-dessus recherchant d’ordinaire plutôt les moyens de nuire au président du parti.

Les risques de Pascal Broulis

Et Pascal Broulis dans tout cela? Les deux candidatures enregistrées cette semaine devraient le dissuader plutôt que l’encourager à en faire autant. Tant Didier Burkhalter que Martine Brunschwig Graf peuvent se remettre d’un échec. Le premier se plaît au Conseil des Etats et c’est l’un des éléments qui a contribué à son hésitation initiale. La seconde a déjà accompli une belle carrière politique. La situation est différente pour le président du gouvernement vaudois. S’il ambitionne une carrière fédérale, ne serait-ce qu’au niveau parlementaire, le quadragénaire vaudois, qui a un peu de temps devant lui, ne peut se permettre une aventure ratée dans la course au Conseil fédéral.