Crise politique

Matteo Salvini fait éclater la coalition populiste en Italie

Matteo Salvini a demandé ce jeudi que se déroulent au plus vite des élections anticipées. Des déclaration qui ont fâché ses alliés du M5S

Matteo Salvini, l'homme fort du gouvernement italien et chef de la Ligue (extrême droite), a réclamé jeudi des élections anticipées le plus «rapidement» possible. Il a ainsi fait éclater la coalition populiste instaurée il y a 14 mois avec son allié du Mouvement 5 Etoiles et provoqué une crise à l'issue incertaine et provoquant la colère du chef de gouvernement Giuseppe Conte.

Dans un communiqué diffusé à l'improviste peu avant 18h, Matteo Salvini, vice-Premier ministre de Giuseppe Conte, a exigé une convocation immédiate «du Parlement pour prendre acte qu'il n'y a plus de majorité». «Restituons rapidement la parole aux électeurs», a-t-il lancé, après avoir eu deux longues discussions avec M. Conte entre mercredi et jeudi.

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«Allons tout de suite au Parlement pour prendre acte qu'il n'y a plus de majorité (...) et restituons rapidement la parole aux électeurs», a-t-il exigé.

Dans la soirée, le «capitaine» a de facto lancé sa campagne électorale lors d'un meeting à Pescara (centre-est). «On nous dit qu'on ne peut pas réduire les impôts. Nous prouverons, si vous nous donnez la force de le faire, qu'il est possible de réduire les impôts aux travailleurs italiens», a-t-il lancé devant des sympathisants en liesse.

Il a aussi dénoncé les multiples «non» essuyés de la part de ministres M5S sur l'avancée des grands chantiers, la réforme de la justice, l'autonomie des régions etc... «Il est inutile d'aller de l'avant avec des «non» et des disputes, comme ces dernières semaines, les Italiens ont besoin de certitudes et d'un gouvernement qui travaille», a-t-il dit. 

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«Les vacances ne peuvent pas être une excuse»

Les crises politiques en Italie ne se produisent généralement pas en été, encore moins en plein mois d'août, mais Matteo Salvini a estimé que cela n'avait pas d'importance.

«Les vacances ne peuvent pas être une excuse pour perdre du temps et les parlementaires peuvent revenir travailler la semaine prochaine, comme le font des millions d'Italiens, à moins qu'ils ne veulent sauver leurs privilèges», a estimé le chef de la Ligue dans le communiqué par lequel il a déclenché la crise.

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La tension entre les deux alliés, la Ligue et le M5S, couvait depuis de longues semaines, plus spécialement depuis les élections européennes qui se sont traduites par un triomphe de la Ligue et un échec cuisant pour le Mouvement.

Succès électoraux pour la Ligue

Ces élections ont marqué un retournement par rapport aux législatives de mars 2018 qui avaient attribué au M5S plus de 32% des voix et à la Ligue environ 17%. Aux Européennes, la Ligue a obtenu plus de 34%, le double du M5S, tombé à 17%.

Luigi di Maio, le chef du M5S très contesté en interne et peu offensif depuis les Européennes, a accusé dans la soirée Matteo Salvini de «faire passer les sondages en priorité et ses propres intérêts devant les intérêts du pays». Selon Giuseppe Conte, Matteo Salvini lui a avoué vouloir «capitaliser» sur ses récents succès électoraux.

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La grande inconnue reste la réaction du chef de l'Etat, Sergio Mattarella, qui a seul le pouvoir de dissoudre le Parlement, après consultation des présidents des deux chambres et des principaux dirigeants politiques avant de convoquer un scrutin.

Vers un gouvernement technique?

Or Sergio Mattarella est notoirement opposé à des élections à l'automne, la période où le gouvernement doit préparer le budget de l'année prochaine, en discuter avec Bruxelles et le présenter pour adoption au Parlement.

Un gouvernement sortant, expédiant simplement les affaires courantes, n'aurait pas le poids nécessaire pour négocier avec Bruxelles et cette situation pourrait nuire à l'Italie sur les marchés.

Selon l'agence AGI, le Sénat pourrait se réunir le 20 août pour décréter la fin de la majorité gouvernementale et le Parlement pourrait être dissous quelques jours plus tard. De nouvelles élections devraient alors être convoquées dans un délai de 50 à 70 jours, selon la Constitution italienne.

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