S'il est un homme de passion, c'est bien lui. Sa vie vouée à l'art choral, son engagement de musicien, de chef et d'enseignant portent depuis l'origine le sceau de la flamme musicale. Il n'y a qu'à croiser son regard, profond, noir, intense, pour s'en convaincre: cet homme-là est habité par un feu. Il n'y a qu'à le voir diriger, porté par une onde intérieure vers ses choristes, yeux fermés ou front plissé sous son auréole blanche, pour savoir où il veut mener la musique: vers le cœur, et le ciel. Aucun autre compositeur que Jean-Sébastien Bach ne répond mieux à cette aspiration. L'entente est si particulière entre ces deux-là, presque fusionnelle, qu'on ne pouvait souhaiter meilleur cadeau et plus belle célébration.

La Passion selon saint Jean, c'est un peu l'aboutissement d'un chef de chœur si épris du cantor de Leipzig. Son retour à la maison aussi. Pour ses 80 ans, Michel Corboz dirige l'Ensemble vocal de Lausanne, qu'il a fondé en 1961, et a porté sans relâche au plus haut, et au plus loin. Sillonner infatigablement la planète avec ses chanteurs, enregistrer sans faiblir des bijoux régulièrement couronnés de prix parmi une centaine de disques, explorer avec appétit les répertoires les plus divers, enseigner la direction chorale au Conservatoire de Genève pendant trois décennies et être chef titulaire depuis 1969 du Chœur Gulbenkian à Lisbonne: rien ne l'arrête.

Pour son concert d'anniversaire, Michel Corboz sera entouré de 45 choristes, 20 musiciens et 5 solistes: la soprano Letizia Scherrer, la mezzo Marie-Claude Chappuis, le ténor Tilman Lichdi (l'Evangéliste), ainsi que les barytons Christian Immler (le Christ) et Peter Harvey (Pilate).