En 1908, huit ans après le lancement de son équivalent français, paraît le tout premier Guide Michelin pour la Suisse. La première de couverture est de couleur verte et la quatrième comporte une publicité très sobre pour les parfums «ultra-persistants» d'Ed. Pinaud, aux bouquets de «brise embaumée violette, genêt d'or, corrida, flirt». L'ouvrage coûte alors un franc (dix francs aujourd'hui). Il n'est pas vendu en librairie, mais on le trouve chez les dépositaires du stock Michelin en Suisse, les constructeurs et les mécaniciens inscrits dans le guide.

A lire son introduction, la Suisse semble dangereuse pour les automobilistes. «Les nécessités de l'agriculture et le relief du sol aidant, le pays est couvert d'un réseau très serré de routes et de chemins de toutes classes, créant ainsi une très grande quantité de bifurcations dangereuses. Sur ces routes circulent en permanence des bestiaux et des attelages de campagne.» Le guide signale aussi que les routes sont parfois étroites dans les parties montagneuses ou au bord des lacs. En outre, «de nombreux contours nécessités par le vallonnement du terrain empêchent de voir longtemps à l'avance la nature de ce qui va suivre».

Enfin, «dans les localités industrielles, les fabriques provoquent une circulation charretière intense et déversent, aux heures des repas, des milliers d'ouvriers dans la rue étroite». «Ceci exposé, tout automobiliste sérieux comprendra qu'une sage prudence est de rigueur et que les autorités ont été bien inspirées en prescrivant l'allure de 30 km/h en rase campagne, 10 km dans la montagne et les agglomérations, et l'allure du pas dans quelques traversées dangereuses.»

Le guide donne de brèves informations sur les localités suisses et les curiosités à voir. Il comprend également des adresses de garages, de restaurants et d'hôtels. Ces derniers sont classés en cinq catégories, la première s'appliquant à «des hôtels-palais, grandioses, grand luxe, confortables, princiers». Certains des hôtels mentionnés ont traversé le siècle: le Montreux Palace, le Beau-Rivage, l'Hôtel de la Paix et l'Hôtel des Bergues à Genève, ou encore Les Trois Rois à Bâle.

Aux débuts de l'automobile, les crevaisons étaient quotidiennes. C'est pourquoi cette première édition regorge de conseils sur l'emploi des pneus, leur montage et leur démontage. On y apprend aussi comment peser une voiture. Les plans de villes qui figurent à la fin du volume montrent à quel point l'urbanisation a progressé depuis.