Le 9e Forum Sécurité Chablais se tenait vendredi dernier à Saint-Maurice sur le thème des flux migratoires. Une belle brochette d’orateurs brossèrent un tableau actuel de la situation, exposèrent leur avis et en débattirent. Ce fut extrêmement instructif.

Le Commandant du Corps des gardes-frontières, le brigadier Jürg Noth, a utilement rappelé que la Suisse était mieux armée que les autres pays de la zone Schengen car, ne faisant pas partie de l’UE, elle maintient des contrôles douaniers à sa frontière qui permettent accessoirement des vérifications policières. Ce travail a permis d’intercepter 12 000 illégaux en 2013, 14 000 en 2014, le double étant prévu en 2015. Elle réclame donc des forces nouvelles qu’il faudrait lui accorder d’urgence tant son action est utile dans les circonstances actuelles. En effet, seuls 3% des passages de frontière sont aujourd’hui contrôlés, ce qui conduit à la présence en Suisse d’un nombre de sans-papiers estimé entre 90 000 et 300 000 personnes. De toute évidence, l’afflux ne se tarit pas et il faut se préparer à une montée en puissance.

Entre tradition d'accueil et besoin de clarté

Jacques-Simon Eggly, qui fut conseiller national et journaliste ainsi que, récemment encore, président des Suisses de l’étranger, a tenu un discours remarquable d’humanité et de rigueur. Il s’est revendiqué de la tradition d’accueil de la Suisse et du devoir de compassion envers des peuples traqués par la guerre. Ceci étant, il a exigé plus de clarté envers les Syriens et les Irakiens accueillis qui devront repartir quand les conflits seront apaisés. Il ajoute que les migrants doivent respecter notre pays en se pliant à ses lois et à ses coutumes. L’accueil ne saurait être considéré comme un droit sans devoir.

Face à ces paroles de raison, deux autres protagonistes s’opposaient. D’une part Carlo Sommaruga, conseiller national socialiste, et Yves Nidegger, conseiller national de l’Union démocratique du centre. Le premier rappelait que l’Occident avait porté la guerre en Irak, en Syrie et en Libye, concluant qu’il devait donc assumer les conséquences désastreuses de ses actes et accueillir largement les migrants. Yves Nidegger lui rétorquait qu’on ne l’avait pas entendu en temps voulu exiger le maintien de Saddam Hussein ou de Kadhafi au pouvoir, ni actuellement de Bachar al-Assad à Damas…

Comme tous les bons débats, celui-ci a donné envie d’en savoir plus et cette recherche est riche d’informations déroutantes. Par exemple, on parle beaucoup des Syriens mais ils ne représentent que 16% des demandeurs d’asile à fin 2014 alors que les Erythréens sont 29%, dont le nombre n’a cessé d’augmenter depuis que la désertion a été admise par un jugement administratif comme motif justifiant l’asile. Au troisième trimestre 2015, on comptait seulement 1556 demandes de Syriens et 1373 d’Afghans, contre 5127 d’Erythréens. La légitimité de leur statut est souvent mise en cause, d’autant qu’il appert qu’un nombre non négligeable d’entre eux retournent momentanément chez eux, à une occasion ou une autre, comme si les risques de tortures ou d’emprisonnement qu’ils mettent en avant n’étaient pas aussi avérés qu’ils le prétendent.

Autre information, la Suisse qu’on dit si frileuse tient pourtant la quatrième place des pays européens en demandes d’asile par habitants, après la Suède, la Hongrie et l’Autriche. Pourtant, en 1998, 11,8% des demandeurs d’asile européens voulaient venir en Suisse et ils ne sont plus que 3,8% en 2014. Actuellement, l’augmentation des demandes ne suit pas l’ascenseur des autres pays d’Europe grâce à la pertinence des mesures qui ont été mises en place, en particulier le «fast track», procédure en 48 heures pour traiter rapidement les dossiers émanant de ressortissants dont les pays ne présentent pas de risques majeurs.

Cette mesure parmi d’autres montre qu’il est possible de mettre le curseur à sa juste place entre un devoir d’assistance nécessaire et une ouverture irraisonnable.

mh.miauton@bluewin.ch