Au commencement, il y a deux êtres de démesure. Lui, la quarantaine finissante, un personnage puissant, comblé, «baignant dans l’illusion de maîtriser le monde», selon la formule de Marc Bonnant, cherchant dans la subversion et le charnel un moyen d’échapper à l’ennui et d’oublier la sécheresse affective de ses jeunes années.

Elle, la trentaine, pas franchement belle, ni vraiment intelligente même si on lui reconnaît des talents de manipulatrice, une enfance malmenée – un père libertin, un oncle dépeint comme abuseur, une mère dépressive qui tente de se suicider par deux fois avec ses filles – expérimente une sexualité débridée. Elle a gardé les traces de ces fantaisies dans un petit coffre blanc de sa maison de Nanteuil-le-Haudouin, dans l’Oise, où elle s’adonne aussi à la peinture et à la sculpture.

Durant quatre ans, ces deux-là vont vivre une histoire faite de passion et de déchirements. «Ce n’est pas une simple affaire de godemichés qui pouvait rendre Edouard Stern pareillement dépendant. Cécile B. avait une manière enveloppante d’aimer», analyse Me Bonnant. Lorsque les choses vont mal, elle se cache et fait silence. Il s’agite ou s’affole, c’est selon.

Plus de 700 messages conservés par l’accusée éclairent la nature de cette relation. Il y a ceux où l’amant dit son «cœur qui explose dans sa poitrine», son envie «de se téléporter pour la serrer dans ses bras». Il y a aussi ces déclarations beaucoup moins romantiques où il la traite de «merde». Ou encore: «Durant la guerre, tu m’aurais dénoncé comme juif, j’en suis sûr», «comme je te dis, t’aurais fait partie de la Gestapo», «tu me débectes».

Pour la défense, ces messages reflètent un harcèlement moral d’une grande sophistication. Edouard Stern, en grand amateur de chasse, jouait avec elle comme avec une proie, non sans lui demander d’assouvir des fantasmes sans limites. Il l’aurait ainsi amenée jusqu’aux «portes de la folie». Cécile B., pourtant, revenait toujours. «Elle pensait avoir rencontré l’homme de sa vie. Un homme malheureux qu’elle allait pouvoir changer», explique Me Maurer.

Mariage et argent

Dans l’analyse de la partie civile, le drame s’est au contraire noué vers l’automne 2004. Lorsque cette maîtresse de l’extrême commence à vouloir des choses aussi banales que le mariage et la sécurité financière.

Edouard Stern accepte – ou fait mine, soutiendra la défense – de vouloir épouser sa préférée et de verser, lui dont l’avarice était réputée, un million de dollars pour assurer son indépendance. Il tarde toutefois à virer cet argent. Elle le quitte. Puis lui écrit que ce million n’est qu’une preuve d’amour et qu’elle le lui rendra – preuve réciproque de son attachement – juste après l’avoir reçu.

Ce million finira par pervertir définitivement des rapports déjà malsains. La somme, finalement transféré sur un compte à Montreux – où Cécile B. a coutume de résider chez son protecteur chiropraticien – n’est pas restitué et Edouard Stern invoque un prétexte fallacieux pour le faire bloquer, le 23 février 2005, par la justice vaudoise. Il évoque ce séquestre lorsqu’il revoit sa maîtresse mais elle ne sait pas si elle doit le croire. Le 28 février – jour du crime – elle, qui dort généralement jusqu’à midi, se lève à 8 heures et appelle frénétiquement la banque pour s’enquérir de la situation.

Le soir, elle rejoindra son amant à Genève pour s’expliquer. Une envie irrésistible les poussera à des jeux sexuels. Selon les dires de Cécile B., il lui aurait lancé à ce moment «un million, c’est cher payé pour une pute». L’humiliation de trop. Celle qui lui aurait fait «péter les plombs». Elle retrouvera toutefois assez vite ses esprits et développera un sens aiguisé de la dissimulation en effaçant les traces et en prenant la fuite. Elle fera aussi opposition au séquestre de ce million dont la charge symbolique a bel et bien disparu avec la mort d’Edouard Stern.