C'est la nouvelle étoile suisse du théâtre européen. Plébiscité à Avignon, Bruxelles, Paris, Berlin, le metteur en scène et cinéaste bernois Milo Rau, 37 ans, est l'invité phare de La Bâtie - Festival de Genève. Sa spécialité? Un théâtre documentaire qui reconstitue des événements politiques marquants. Avec un intérêt particulier pour les génocidaires. Les époux Ceausescu, Anders Breivik, les bourreaux rwandais font partie de son inventaire. Sociologue de formation, l'artiste a fondé en 2007 l'International Institute of Political Murder, une maison de production qui affiche ses intentions. Avec lui, pas d'erreur, le théâtre est analytique et politique. Alors que le théâtre documentaire du Bâlois Stefan Kaegi, où les intéressés jouent leurs propres rôles, est plus intime, plus sociologique. Le travail d'enquête de Milo Rau se rapproche du journalisme, profession qu'il a exercée dans le passé. La presse française encense cet artiste qui empoigne l'actualité avec tant d'agilité et qui pose les questions de l'engagement sur un plateau. La Bâtie présente trois performances et quatre films de ce surdoué de l'info.

Hate radio. C'est le spectacle qui a rendu Milo Rau célèbre. Et, de fait, il est puissant. Dans cette proposition de 2011, l'artiste bernois recompose une émission de la RTLM, la Radio-Télévision Libre des Mille Collines, qui a joué un rôle crucial dans le massacre de près de 1 million de Tutsis ou de Hutus modérés lors du génocide rwandais de 1994. Ce qui frappe dans cette reconstitution sur la base de plusieurs émissions, c'est le contraste entre la décontraction de ces animateurs, dont un est Belge – cigarettes, bières et plaisanteries –, et la violence de leurs propos, ce «Tuez les cafards», par exemple, qu'ils lancent tandis que de l'autre côté de la vitre du studio, un DJ diffuse de la musique légère avec, lui aussi, un entrain bon enfant. L'effet est glaçant. Dans la salle, les spectateurs sont munis d'un casque qu'ils peuvent retirer à leur gré. De la même manière qu'on allume, éteint la radio, ou sa conscience (du 3 au 5 sept.).

Breivik's Statement. Le procédé est basique. La comédienne Sascha O. Soydan lit simplement le discours de défense du Norvégien Anders Breivik, extrémiste de droite devenu tristement célèbre pour avoir tué 77 altermondialistes réunis sur l'île norvégienne d'Utøya, l'été 2011. Pourquoi cette lecture? «Pour montrer comment l'extrême droite récupère à son avantage la critique traditionnellement de gauche du néolibéralisme et de la mondialisation», note le metteur en scène, qui vient de recevoir un des prix suisses du théâtre (le 7 sept.).

The Civil Wars. Dans cette dernière production, Milo Rau a modifié sa démarche. Au départ, le metteur en scène pensait poursuivre son travail de reconstitution afin de comprendre pourquoi «des centaines de jeunes Européens se battent en Syrie pour l'instauration d'un Etat de Dieu et contre l'hégémonie de ce qu'on appelle l'Occident». Son travail d'enquête l'avait poussé à recueillir le témoignage d'un des pères de ces jeunes extrémistes. Comme à son habitude, Milo Rau pensait confier cette parole à des comédiens. Mais, en cours de travail, ces comédiens ont pris à leur compte ces questionnements et, au final, racontent leur propre parcours personnel et politique sur scène, dans un salon, fixant une caméra qui relaie leur image en grand format. L'intention de Milo Rau? «The Civil Wars propose une réponse possible à un vide spécifiquement européen qui est aussi un vide privé et individuel.» (du 8 au 10 sept.)