Les protestants vaudois l'ont appris à leurs dépens. Très fortement majoritaires jusqu'à la Révolution française, l'arrivée de réfugiés catholiques leur causa bien des soucis. En 1810, on se résigna à leur accorder une existence légale. Les catholiques pouvaient maintenant bâtir des églises. Mais bien sûr sans clocher! Et on prit des précautions. A Nyon, «la clef du local dans lequel la messe est célébrée doit être demandée et rendue chaque fois au syndic». A Lausanne, on accepta du bout des lèvres la nomination d'un prêtre catholique. Il est vrai qu'il ne semblait pas dangereux, étant «presque sourd, ayant la vue basse, et peu aisé».

Toutes les précautions semblaient prises, mais voilà, on ne s'était pas assez méfié: 1878 vit la libération des clochers, imposée par la Constitution fédérale garantissant la liberté de culte.

Les catholiques valaisans, eux, s'étaient méfiés, lors de la tentative de réforme du Pacte fédéral en 1832. «On ne nous dit point s'il nous sera libre dans ces constitutions cantonales de proscrire par exemple en Valais, pays tout catholique, l'exercice public de tout autre culte; s'il nous sera libre d'empêcher chez nous la liberté de la presse, les mariages mixtes, une instruction primaire dont la religion se serait pas l'objet le plus essentiel et dont l'inspection des maîtres et des écoles ne serait pas confiée à l'évêque et aux curés.» L'appel angoissé d'Anne-Joseph de Rivaz fut entendu, et le Valais échappa pour un temps à ces horreurs. Mais, là aussi, la Constitution fédérale imposa plus tard l'égalité des religions!

Quant aux israélites, la Suisse fut le dernier pays d'Europe occidentale à leur reconnaître l'égalité politique, en 1866, et elle ne le fit que sous la pression étrangère. On put dès lors construire une synagogue à Lausanne.

En bonne logique vaudoise, faudra-t-il attendre cent ans avant d'accepter des minarets?