En 1996, Lara Pizurki a fait l'acquisition, près de Douvaine en Haute-Savoie, d'une ancienne commanderie de 165 m2, datant de 1605. «Nous l'avons rénovée à grands frais et rendue très confortable», confie la propriétaire, très éprise de sa demeure. En début d'année, elle a pourtant pris la décision de la mettre en vente «pour des raisons personnelles». La Genevoise imaginait que l'affaire pouvait se conclure rapidement. Onze mois plus tard, elle a toujours sa commanderie sur les bras. «J'ai baissé continuellement le prix: il est désormais fixé à 530000 euros. Je l'ai baissé au total de 25%», indique-t-elle. L'agence immobilière qui l'épaule dans ses recherches sonde même du côté de Dubaï.

Non loin de là, à Bons-en-Chablais, Olivier et Sandra ont mis en vente leur coquet appartement. Proposé à 250000 euros il y a 14mois, le trois-pièces vaut maintenant 190000 euros. «On baisse, mais on ne voit rien venir», dit Olivier. Pas d'acheteur à l'horizon mais beaucoup d'opportunistes qui téléphonent pour proposer une vente négociée avec des dessous-de-table. «Ils nous proposent d'aller signer un acte de vente à Paris, Milan ou Rome: c'est du blanchiment d'argent», s'indigne Olivier.

Après l'euphorie des années 2003-2007, le marché immobilier français est en train de tourner une page. Baisse du nombre de transactions, baisse des prix, difficultés pour obtenir un crédit, etc. Beaucoup de professionnels parlent de crise, de congestion, voire de retournement. Selon le Conseil supérieur du notariat (CSN), les transactions immobilières devraient chuter de 25% en 2008, passant de 870000 ventes en 2007 à 650000. La baisse serait encore plus brutale sur le marché du neuf (-33,9% fin août). Ces mêmes notaires se montrent cependant rassurants en ce qui concerne les prix. Le CSN a déclaré ne pas croire à une baisse prononcée des prix en 2009, «sauf si la crise financière devient économique avec une augmentation brutale et volumineuse du chômage».

«Cet optimisme béat est digne de la méthode Coué, s'emporte un promoteur de Neydens (Haute-Savoie). Il faut arrêter de se voiler la face: le marché se casse la figure.» «Deux cents offres non satisfaites dans les environs de Sciez (près de Thonon), 180 dans le Pays de Gex, c'est du jamais-vu», poursuit-il.

Jusqu'en 2006, le Pays de Gex était l'eldorado des agences immobilières par la grâce des personnels de la Genève internationale au fort pouvoir d'achat. Le neuf flambait, le taux de rotation était rapide (4 années) et les prix ont connu des pics au point d'atteindre ceux pratiqués dans la couronne parisienne.

Le Pays de Gex est aujourd'hui la région la plus touchée dans le bassin genevois. «Une grosse maison qui valait 550000 euros en début d'année se négocie maintenant autour de 500000. Un appartement de 300000 euros peut être acquis à 230000», indique Karine Coutier, responsable de l'agence Alliance Immobilière à Ferney-Voltaire. Au plus fort de la crise financière, son téléphone n'a plus sonné. Steven Hillion, d'Immo de France, note une baisse des prix de 10% depuis le début de l'année «mais le neuf est le plus touché avec des baisses frôlant les 30%».

Conjointement, la distribution des crédits immobiliers s'effondre. La chute est de 26,3% au troisième trimestre 2008, alors que les taux d'intérêt proposés dépassent, eux, les 5%. La crise financière et celle des «subprime» sont passées par là. Les banques n'ouvrent plus les robinets du crédit même si l'injection de 10,5 milliards d'euros de l'Etat dans les six plus grandes banques du pays a été perçue comme un signe encourageant. Les banquiers sont devenus plus exigeants. Ils observent jusqu'au coût de transport entre le domicile et le travail. Un coût qui forcément compte dans leurs calculs, avant de prêter.

A cet égard, l'ouverture prochaine de l'autoroute A41 nord qui reliera Annecy à Genève en moins de 30 minutes est révélatrice. Les spécialistes misaient sur un marché prometteur. Or il n'en est rien. «Pas le moindre frémissement, témoigne Lucile Morel, agent immobilier à Saint-Julien en Genevois. C'est l'attentisme. Les gens temporisent pour voir si la crise va durer, comment le prix du pétrole va évoluer.»