Le Comte de Monte-Cristo, miroir de son époque? Oui, sous son air de divertissement. Pas seulement parce qu’il décrit la comédie des ambitions, avec ses ascensions et ses dégringolades fantastiques. L’œuvre est le reflet d’une sensibilité, romantique, qui ne se soucie pas de mesure, butine au large, du côté de Florence comme de Constantinople, en quête d’autres tonalités, de sensations inédites. Delacroix cherche ses courbes à Alger, Gérard de Nerval rêve en Orient, Alexandre Dumas, lui, musarde en Suisse et en Italie.

Paris, pourtant, n’est pas avare en spectacles. La misère y est dévastatrice. Dans ces années 1840, elle marque aussi bien Karl Marx, Parisien d’adoption, qu’Eugène Sue, qui s’en inspire pour ses fameux Mystères de Paris. Louis-Philippe, surnommé le roi-poire, paraît plus soucieux de nommer de nouveaux pairs du royaume que d’apporter des solutions à la débâcle sociale. De son côté, Louis Bonaparte – le futur Napoléon III – écrit depuis sa prison L’Extinction du paupérisme. Le besoin de justice est criant. Celui d’échapper aux fatalités urbaines aussi. Le Comte de Monte-Cristo répond à cette demande-là: dépayser et consoler, châtier aussi les profiteurs qui prennent de la bedaine.

Le décor et le temps