Le miroir n'est pas une des stars du monde du design. Il est rarement mis en avant et célébré comme l'est la table à manger, la table basse ou le lustre. Il est souvent d'une banalité déconcertante et relégué aux salles de bains et aux dressings: il se doit de se fondre dans le décor, passer si possible inaperçu et ne pas prendre trop de place. Constat surprenant, lorsque l'on considère les attentes et les interrogations que provoque cet objet. Pourquoi le destine-t-on si souvent à des petites pièces confinées, alors que, de tous les objets inanimés qui meublent nos habitations, il est probablement celui avec lequel nous entretenons notre dialogue journalier le plus passionné? Cet échange quotidien construit de craintes, de questionnements, de mises en abyme.

Ce n'est donc pas qu'une simple question de coquetterie.

Il est vrai que le XXIe siècle favorise les miroirs démesurés (murs entiers de salles de bains, halls d'entrées) à l'image de l'ampleur de notre fascination pour le paraître et le perfectionnement de notre plastique.

Les technologies modernes nous permettent aussi de fabriquer des pièces de taille de plus en plus ambitieuse.

Mais l'importance du miroir tient au fait qu'il nous donne l'accès à notre meilleur ami. Le plus fidèle. Notre siamois. C'est avec lui que nous nous plongeons dans de longues tirades sur nos états d'âme les plus secrets.

Le miroir est probablement né dans l'Antiquité en tant qu'instrument de vanité. On le retrouve chez les Grecs, les Romains, les Egyptiens et les Chinois. Simple pièce de bronze, parfois d'argent poli, il lui était généralement conféré une forme circulaire. Peut-être était-ce pour le représenter en symbole solaire, dispensateur de lumière.

C'est à Venise vers 1300 que le miroir au tain, tel qu'on l'utilise aujourd'hui, voit le jour. Ce procédé consiste à déposer une fine couche de métal sous une plaque de verre, afin de la protéger en évitant son oxydation. Le tain, ce film métallique, est un alliage de mercure et d'étain, et confère au miroir son opacité. (Le miroir sans tain, que l'on connaît bien grâce aux multiples séries policières télévisées, réfléchit sur la face qui reçoit de la lumière et est transparent sur la face dans l'ombre.)

Longtemps considéré comme un objet de luxe et sans utilité de première nécessité, le miroir se démocratise au cours du XIXe siècle. Au début du XXe siècle, le miroir en pied apparaît dans les chambres à coucher, puis, à l'entre-deux-guerres, il s'installe définitivement dans les salles de bains.

Du point de vue du design, le miroir n'a pas grandement évolué durant notre siècle et, contrairement à ses collègues de travail comme la chaise, la table ou la lampe, il se contente de s'habiller au goût du jour sans véritablement innover formellement ou techniquement.

Ces quinze dernières années, en revanche, les avancées techniques semblent avoir donné au miroir une gamme de possibilités nouvelles et les designers du moment y trouver matière à explorer.