Il lui fallait donner un cap, un horizon, un calendrier à la population française confinée depuis le 16  mars. Emmanuel Macron a donc donné une date, autour de laquelle tout va s’organiser: c’est le 11  mai que la France entamera, après presque deux mois de verrouillage, son retour à une vie qui restera néanmoins loin d’être normale. Avec deux promesses fermes: celle de pouvoir tester, alors, «toute personne présentant des symptômes de contamination par le Covid-19», et celle de pouvoir distribuer à chaque Français «un masque grand public dont l’usage pourra devenir systématique dans certains lieux publics et dans les transports en communs». Pas question, en revanche, d’envisager une généralisation des tests pour l’ensemble de la population. L’enjeu sera donc d’isoler les personnes symptomatiques contaminées qui, selon Emmanuel Macron, seront «mises en quarantaine, prises en charge et suivies par un médecin».

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«Nous avons fait face»

Il lui fallait, aussi, revenir sur un mois de divisions, de controverses et d’accusations portées par les soignants et le grand public contre des autorités mal préparées, et une administration qui a manqué de réactivité. C’est là aussi chose faite. Le président l’a reconnu d’emblée, avouant que le pays n’était «à l’évidence pas assez préparé. Nous avons fait face. Nous avons dû parer à l’urgence. Ce moment a révélé des failles.» Un mea-culpa imposé par les circonstances, vu l’ampleur des critiques sur son leadership et la confiance très relative des Français qui, selon les sondages, sont près de 50% à douter de la capacité du pouvoir exécutif à faire face à la crise.

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Mais un mea-culpa destiné aussi à refaire l’unité nationale que l’évocation initiale de «la guerre» par le chef de l’Etat n’a pas réussi à forger. D’où la demande réitérée lancée aux maires, mais aussi aux parlementaires qui, d’ici au 11  mai, devront se réunir et débattre des conditions de sortie du déconfinement, en particulier sur le plan des libertés publiques si la mise en œuvre d’une application numérique de traçage des personnes malades est décidée. «Cette épidémie ne saurait affaiblir notre démocratie ni mordre sur quelque liberté», a promis Macron.

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Sur les modalités de retour du pays à une activité économique pleine et entière, le flou demeure. Si le 11  mai marquera officiellement la réouverture des écoles, des crèches, des administrations mais aussi de l’ensemble des entreprises, l’heure reste aux aides publiques et à l’injection massive de fonds pour soutenir salariés, entrepreneurs et indépendants. Dès ce mercredi, un nouveau plan d’aide sera adopté en conseil des ministres pour soutenir les familles les plus modestes.

Sur l’ampleur des dégâts économiques causés par le virus, mais aussi sur le calendrier d’une éventuelle reprise et sur les demandes formulées par le patronat en termes de flexibilisation accrue des réglementations sociales, Emmanuel Macron a choisi l’extrême prudence. Priorité à l’identification des secteurs les plus touchés, et aux dispositifs d’indemnisation: la France de l’année 2020 restera à coup sûr en grande convalescence économique, avec dès cet été d’importantes aides aux secteurs les plus immédiatement touchés, comme le tourisme ou la culture. Tous les restaurants, cafés, cinémas ou théâtres demeureront fermés bien au-delà du début du déconfinement. Les festivals de l’été seront tous annulés, au moins jusqu’à la mi-juillet. 

La question du comment

Restait la question du «comment déconfiner» les 67  millions de Français dans un pays où l’épidémie est marquée par de profondes inégalités régionales avec deux «fronts» toujours en extrême tension: l’Ile-de-France et le Grand Est, soulagés par des transferts médicaux vers la province et plusieurs pays, comme la Suisse, que le président a remerciée. Quelques minutes avant l’intervention d’Emmanuel Macron, la direction nationale de la santé avait communiqué les nouveaux chiffres: 94 807 personnes malades recensées, 32 113 personnes hospitalisées, 14 967 décès depuis le début de l’épidémie et 6821patients en réanimation, chiffre clé en légère baisse depuis trois jours.

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Ce «comment» sera précisé dans les semaines à venir. Il fera ensuite, à partir du 11  mai, l’objet d’évaluations hebdomadaires. Avec une certitude: la demande faite aux catégories les plus vulnérables, personnes âgées et malades chroniques, de demeurer isolées. Macron ne parle plus de «guerre» face au Covid-19. Mais l’ennemi demeure. Un ennemi qualifié à nouveau «d’invisible, imprévisible» et porteur de «beaucoup de mystères».