On a assisté lundi à un duel à distance entre José Luis Rodriguez Zapatero, le premier ministre socialiste, et José Maria Aznar, son prédécesseur. Quinze jours après la comparution du leader conservateur devant la commission d'enquête parlementaire sur les attentats islamistes du 11 mars à Madrid (191 morts), Zapatero n'a pas eu de mot assez dur contre la façon dont Aznar, aux commandes lors du drame, a géré la crise, et contre les «insinuations» et les «amalgames» proférés par les dirigeants du Parti populaire (PP) depuis lors.

Au cours d'un interrogatoire marathon, le chef du gouvernement socialiste a tout d'abord lancé un pavé dans la mare, relayé par le quotidien El Pais. Selon lui, à son départ du gouvernement, l'équipe de José Maria Aznar a effacé «tous les documents informatiques» concernant les attentats islamistes du 11 mars à Madrid (191 morts). Il ne subsiste aucune trace écrite, donc, de «ce qui s'est passé au sein de l'exécutif en ces moments cruciaux», c'est-à-dire peu après le massacre, ni de «la teneur des notes qui ont été reçues, des réunions et des décisions», a-t-il ajouté.

«Tromperie massive»

Mais, plutôt discret ces derniers mois sur cette affaire, Zapatero n'en est pas resté là. Contredisant point par point l'ex-dirigeant conservateur, qui s'était expliqué le 29 novembre devant cette même commission, le premier ministre socialiste a formulé une double accusation contre son prédécesseur et le PP, aujourd'hui dans l'opposition: d'une part, avoir soumis le pays à «une tromperie massive» au lendemain du massacre, en faisant croire à un attentat d'ETA dans le but de vaincre aux législatives du 14 mars – finalement emportées par les socialistes –, «au mépris des faits et des indices accréditant la seule piste islamiste»; d'autre part, se livrer depuis lors à une «tentative de confusion massive» auprès de l'opinion, en essayant de répandre dans les esprits l'idée que, en dépit des expertises policières, l'organisation armée basque a pu jouer un rôle quelconque dans le carnage.

«La préparation, la perpétration et la responsabilité du 11 mars relèvent exclusivement du terrorisme international de type islamiste radical», a-t-il dit. Une réponse à José Maria Aznar qui, il y a quinze jours, insinuait la possibilité d'une connexion entre ETA et des terroristes islamistes. Il s'agit là d'une hypothèse évoquée abondamment, depuis, par les dirigeants du PP. S'appuyant sur des rapports policiers pour étayer son argumentaire, Zapatero s'est montré particulièrement ferme à l'encontre d'Eduardo Zaplana, porte-parole parlementaire du PP. Quatre heures durant, le premier ministre socialiste ne s'est pas laissé démonter par les «sarcasmes» du représentant de la première force d'opposition. «Vous, au PP, avez à plusieurs reprises accusé les électeurs espagnols de s'être couchés devant les terroristes. C'est une absurdité car, après trente ans d'attentats d'ETA, notre nation est l'une des plus vaccinées et courageuses contre le chantage terroriste.»