Le Temps: Haut conseiller auprès du président Uribe pour le programme de réintégration des démobilisés, vous êtes actuellement en Suisse pour récolter des financements publics et privés. En quoi consiste ce programme?

Franck Pearl: Au cours des cinq dernières années, 47000 combattants, paramilitaires ou guérilleros, ont déposé les armes en Colombie, individuellement ou en groupe. Le processus de démobilisation concernant les paramilitaires est maintenant achevé. Dix mille démobilisés proviennent des FARC et le rythme s'est accéléré: ils sont 1300 à avoir quitté la guérilla depuis le début de l'année, aussi bien des combattants de base que des commandants de rang moyen, comme Karina la semaine passée. Le doute se répand parmi leurs troupes d'autant plus qu'elles sont confrontées à une offensive militaire. Les jeunes enrôlés réalisent qu'ils perdent leur temps. Lorsqu'ils s'échappent, ils ont besoin de protection, tout comme leurs familles qui sont parfois relocalisées. Ce travail se fait en coordination avec la police et les forces armées. Nous veillons ensuite à ce qu'ils rejoignent la société de manière productive.

- Par quels moyens?

- Les démobilisés reçoivent obligatoirement une aide psychologique et doivent impérativement étudier. La moitié d'entre eux sont illettrés. Ils doivent aussi accomplir un travail communautaire pour réparer une part des dommages qu'ils ont causés. Ils ne reçoivent l'aide de l'Etat qu'en remplissant ces conditions. Voilà pour le volet réintégration sociale. La seconde étape est la réintégration économique, qui se fait en partenariat avec le secteur privé. Nous veillons aussi à ce que d'autres populations, notamment les pauvres, participent au processus. Le retour des démobilisés suscite parfois la méfiance, la peur ou la colère. Il ne s'agit pas d'en faire des privilégiés par rapport à d'autres populations en difficulté. Non seulement les démobilisés doivent bien se comporter, mais ils doivent aussi contribuer au bien-être de leur communauté, sauf à créer du ressentiment.

- Avez-vous une idée du «taux de succès» du programme de réintégration?

- Il est trop tôt pour le dire. Sur les 47000 démobilisés, 3000 sont retournés à la délinquance, 7000 ont déjà achevé le programme et 37000 y participent actuellement. On considère que 3,5% d'entre eux, trop affectés psychologiquement, ne pourront jamais réintégrer la vie active; 5%, qui n'occupaient que des fonctions de logisticiens ou de financiers dans les groupes armés, n'ont pas besoin d'aide, mais la plupart ont besoin d'être encadrés. On estime que le processus de réintégration prend cinq à six ans.

- Le ministre de la Défense estime à propos des FARC que «leur fin est en vue» avec la mort de Manuel Marulanda. Vous attendez-vous à une explosion des démobilisations?

- Ils sont de plus en plus nombreux à quitter les FARC, mais je ne m'attends pas à en voir débarquer des milliers du jour au lendemain. Mais si l'on considère que le mouvement est actif depuis plusieurs décennies, oui, sous cet angle-là, on peut dire que la fin est en vue.