Trafic SNCF et RATP encore très perturbé, bouchons sur les routes: au 13e jour de la grève illimitée contre la réforme des retraites, il est toujours aussi difficile de se déplacer. Côté SNCF, qui s’apprête à présenter un plan de transport réduit pour le premier week-end des vacances, trois TER sur dix et un TGV sur quatre circulent. Les syndicats sont invités ce mercredi à Matignon pour des discussions afin de trouver le chemin d’une sortie de crise avant Noël.

Côté RATP, huit lignes de métro sont fermées et seulement 30% des liaisons en bus sont assurées. Mais «les consignes de dissuasion ont bien fonctionné en Île-de-France, la gare de Paris Nord est très calme», a indiqué un porte-parole de la SNCF. Ambiance paisible également dans les gares de Strasbourg et Lille, ont constaté des journalistes de l’AFP.

En Alsace, Josiane, employée d’une fromagerie et utilisatrice de lignes TER, a dû se lever à 4h au lieu de 5h, et rentre habituellement chez elle à 20h. «J’ai pas le choix», soupire-t-elle. «Je suis d’accord (avec la grève) mais il faut quand même penser un peu à ceux qui travaillent tous les jours», observe-t-elle.

«Trouver d’autres moyens de se faire entendre»

A Lille, où les agents SNCF sont presque aussi nombreux que les voyageurs, Asdine, 41 ans et cadre dirigeant d’une entreprise, a déjà dû changer trois fois de billet. «J’essaye d’aller à Lyon et je ne sais pas encore si je vais y arriver. Je partage vraiment les idéaux sociaux des grévistes […] mais ça devient difficile pour les gens. Peut-être qu’il faudrait trouver d’autres moyens de se faire entendre», suggère-t-il.

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Selon un sondage Harris Interactive pour RTL et AEF Info, 62% des Français soutiennent le mouvement de grève, même si 69% souhaiteraient une «trêve de Noël». Sur les routes franciliennes, le cumul des bouchons a dépassé les 300 kilomètres peu avant 8h00 mais s’approchait d’un niveau habituel.

Par ailleurs, les compagnies aériennes ont dû réduire de 20% leur programme de vols au départ et à l’arrivée de l’aéroport d’Orly, à la demande de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC).

Le mouvement devrait également toucher les établissements scolaires, avec 25% de grévistes attendus dans le primaire (mais 58% à Paris), et de possibles fermetures d’écoles, selon Jean-Michel Blanquer. «Pour le second degré, ça devrait être à peu près du même ordre, mais les établissements resteront tous ouverts», a indiqué le ministre de l’Education.

Près de 810 000 manifestants le 5 décembre

Les salariés du public et du privé sont attendus en nombre dans les cortèges en cette nouvelle journée interprofessionnelle de protestation contre l’instauration d’un système universel de retraites par points. La démonstration de force du 5 décembre (806 000 manifestants selon le ministère de l’Intérieur), au premier jour du conflit, servira de référence, davantage que la mobilisation en net repli d’il y a une semaine (339 000 pour la place Beauvau).

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Une donnée pourrait affoler les compteurs: la présence de tous les syndicats dans les manifestations, à Paris – entre République et Nation – comme en régions. Les cortèges verront défiler cheminots, enseignants, fonctionnaires, avocats, magistrats en grève… Mais aussi des internes, médecins et soignants mobilisés dans toute la France pour réclamer davantage de moyens pour l’hôpital.

Retrait du projet

La CGT, Force ouvrière, la CFE-CGC, Solidaires et la FSU marcheront pour réclamer le retrait pur et simple du projet, en essayant de profiter des difficultés de l’exécutif après la démission lundi du haut-commissaire aux Retraites, Jean-Paul Delevoye, au terme d’une semaine de révélations sur ses activités et mandats non déclarés.

«J’espère qu’on sera enfin entendus, que le gouvernement va finir par comprendre qu’il faut appuyer sur le bouton + stop +», a souligné lundi Yves Veyrier, le numéro un de FO, organisation qui participera mardi soir à une intersyndicale pour décider de la suite du mouvement. La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, a déjà répondu: la réforme, «nous ne la retirerons pas».

Dans les mêmes cortèges mais derrière leurs propres banderoles, les organisations du camp réformiste, la CFDT, la CFTC et l’Unsa, défileront pour améliorer le contenu du projet de fusion des 42 régimes existants en un système universel. Et surtout pour refuser l’introduction dès 2022 d’un «âge d’équilibre» qui doit atteindre 64 ans en 2027 afin de favoriser l’équilibre des comptes grâce à un dispositif de bonus-malus.

Plutôt que cette mesure «totalement injuste», on pourrait envisager d’équilibrer les comptes de la retraite en augmentant les cotisations, a suggéré le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger. «Nous ne sommes pas favorables à ça», lui a répondu le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin. «Une augmentation de cotisations, c’est moins de pouvoir d’achat pour les salariés et plus de charges pour les patrons, ça tuerait l’économie», a-t-il argumenté.

Même privé de son «Monsieur retraites» – son remplacement doit intervenir «dans les meilleurs délais», selon l’Elysée –, l’exécutif semble vouloir aller de l’avant pour éviter que la contestation ne s’installe durablement dans les rangs réformistes.

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Dans la foulée de la journée de mobilisation, Edouard Philippe compte recevoir les organisations syndicales et patronales représentatives pour des réunions bilatérales mercredi à partir de 14h30, suivies d’une «multilatérale» jeudi à 16h00.