« La première querelle ouverte opposant le Japon et la Chine communiste depuis la Seconde Guerre mondiale a éclaté tout dernièrement: Pékin a en effet réaffirmé ses droits sur les îles Senkaku au nord de Formose.

Pékin, Tokio et […] la Chine nationaliste ont tous jeté un regard de convoitise sur les riches réserves pétrolières sous-marines découvertes l’année dernière près des Senkaku. Jusqu’à vendredi dernier pourtant, la querelle était discrète et circonscrite entre Tokio et Formose, tandis que Pékin restait silencieux.

Réagissant promptement à une émission de Radio-Pékin affirmant des droits sur ces îles, le ministre des Affaires étrangères du Japon, M. Kiichi Aichi, a déclaré au cours d’une conférence de presse que les Senkaku appartenaient «sans aucun doute» au Japon et «qu’il n’existait pas de raison pour le Japon de négocier à ce sujet avec quelque pays étranger que ce soit».

Le conflit entre Tokio et Taipeh s’est développé cet été à la suite d’une mesure unilatérale prise par le Gouvernement nationaliste et accordant des concessions dans la région de Senkaku couvrant de vastes surfaces de la mer de Chine orientale à Gulf, Amaco et autres sociétés pétrolières occidentales. Les concessions de Senkaku seules contiendraient des réserves sous-marines de plus de 15 millions de tonnes.

Le Japon avait vivement protesté contre ces mesures, soutenant que les îles faisaient partie du groupe Nansei dans la chaîne de Rioukiou actuellement sous juridiction américaine et qui doivent revenir au Japon aux termes de l’Accord d’Okinawa signé avec les Etats-Unis. Les Etats-Unis se sont rangés du côté du Japon et considèrent que les îles font partie des Rioukiou.

Alors que la querelle territoriale entre Tokio et Taipeh se poursuivait, un comité de liaison économique tripartite, formé de la Corée du Sud, de la Chine nationaliste et du Japon esquissa un accord de coopération pour exploiter les réserves pétrolières sous-marines de la mer de Chine orientale au cours d’une réunion tenue à Séoul le 16 novembre. A l’époque l’on pensait déjà que cela provoquerait une réaction de Pékin. Des responsables du Ministère du commerce américain s’interrogèrent ouvertement sur l’opportunité pour le Japon de collaborer avec Formose. Estimant que ce serait lancer une invitation directe à la Chine d’affirmer ses revendications territoriales sur toute la partie orientale de la mer de Chine. »