L'atmosphère qui règne aujourd'hui à Moscou rappelle cruellement 1995. La guerre en Tchétchénie connaissait une trêve passagère. Elle avait été déclenchée huit mois auparavant par une série de décisions aussi inconsidérées que l'arrestation hier à Moscou du ministre tchétchène de la Sécurité d'Etat.

En 1995, le chef de la garde présidentielle Alexandre Korjakov sème la peur au Kremlin. La presse lui prête une influence considérable sur le président. Autour de lui tourne une clique assez peu transparente. Au Kremlin de 1999, le rôle de Korjakov est joué par la fille de Boris Eltsine, Tatiana Diatchenko, qui est aussi sa conseillère. Comme Korjakov, quelques satellites assez opaques gravitent autour d'elle, parmi lesquels le financier Boris Berezovski et le pétrolier Roman Abramovitch. Comme en 1995, ce petit groupe, que la presse russe a baptisé «la famille», semble souffler au président l'essentiel de ses plans.

En 1995, les élections parlementaires et présidentielles arrivent. Les communistes semblent prêts à faire main basse sur la Douma et sur le poste de chef de l'Etat. La cote de Boris Eltsine est au plus bas. Aujourd'hui, elle n'est pas seulement proche de zéro, mais, en plus, la Constitution lui interdit de se représenter. En outre, l'oligarchie eltsinienne est plus que jamais menacée.

Du coup, l'entourage présidentiel a peur et se met à échafauder toutes sortes de plans pour tenter de sauver les meubles, ce qui alimente les rumeurs sur une éventuelle instauration de l'état d'urgence. Comme en 1995 et surtout en 1996.