En octobre 1997, l’ancien territoire britannique célèbre sa première fête nationale chinoise

Hongkong se met timidement au goût de Pékin

«Les autorités hongkongaises n’ont pas lésiné sur les moyens hier pour marquer la première fête nationale chinoise depuis la décolonisation, il y a trois mois. La Région administrative spéciale de Hongkong devait en effet apparaître patriotique, voire plus chinoise que les Chinois. Les rues de l’ex-colonie ont donc été décorées de quelques 17 415 drapeaux rouges aux cinq étoiles (parfois à l’envers!), des écoliers ont formé une carte géante de la Chine et, en soirée, vingt minutes de feux d’artifice ont illuminé le port au son de mélodies intitulées Le brave Chinois ou encore Pékin la grande. Même l’armée populaire de libération (APL) en poste à Hongkong s’est décidée à effectuer une opération de charme en organisant sa première journée portes ouvertes dans l’espoir de conquérir une population sceptique. Sans toutefois autoriser la presse étrangère à se joindre au public…

Mais à en croire un sondage effectué par l’Université de Hong­kong, la fête nationale chinoise est encore loin de faire chavirer les cœurs de la population locale. Celui-ci révèle ainsi que 60% des personnes interrogées ne sont pas fiers d’être Chinois et préfèrent l’image de la RAS à celle de la Chine. Une opinion que ne partageaient pas les quelques patriotes qui assistaient hier à la cérémonie de lever de drapeau national qui, à 8h. tapantes, a donné le coup d’envoi aux diverses célébrations de la journée. «Dites aux Occidentaux qu’ils se sont trompés avec leurs prédictions pessimistes. Rien n’a changé à Hongkong!», lançait hier matin un enseignant à la retraite, lequel brandissait avec fierté son petit drapeau chinois.

Depuis le transfert de souveraineté, c’est effectivement «business as usual» à Hongkong, comme se plaît à le dire Tung Chee-hwa, l’homme d’affaires désigné par Pékin pour diriger l’ex-colonie. Les boîtes aux lettres ont certes été repeintes en vert et on ne célèbre plus l’anniversaire de Sa Gracieuse Majesté Elisabeth II, mais outre ces détails «cosmétiques», Pékin a jusqu’ici respecté sa promesse de non-intervention selon le principe du «un pays, deux systèmes». […].

D’autre part, des manifestations antichinoises ou prodémocratiques continuent à avoir lieu régulièrement à Hongkong sans que la police les interdise. Mais maintenant, elles se déroulent sous haute surveillance dans des espaces réservés à cet effet et généralement, on compte plus de 100 policiers sur les dents pour une petite trentaine de manifestants…

De plus, les policiers n’ont plus l’attitude bon enfant qui prévalait du temps des Britanniques et leurs rappels à l’ordre musclés sont parfois totalement disproportionnés. Ironiquement, ces manifestations sont devenues une manière de légitimer le fait que rien n’a changé pour Tung Chee-hwa […]

Pourtant, il serait naïf de penser que tout est «comme avant» […] Au terme de ces trois premiers mois sous souveraineté chinoise, force est de constater que la notion de «un pays, deux systèmes» est en train de devenir une réalité de plus en plus concrète dans la vie quotidienne de Hongkong. […] En outre, d’une manière plus concrète, la décolonisation de Hongkong se poursuit à mesure que la ville se sinise. La semaine dernière, les écoles qui utilisaient encore l’anglais comme ­langue principale d’enseignement ont reçu l’ordre de l’abandonner au ­profit du dialecte chinois local, le cantonais. Les enseignants qui ne se plieraient pas à cette règle ­inflexible seront passibles d’amende, ou d’emprisonnement. […] »

« La notion de «un pays, deux systèmes» est en train de devenir une réalité de plus en plus concrète dans la vie quotidienne de Hongkong »

ARCHIVES HISTORIQ UES

>> Sur Internet

www.letempsarchives.ch