FRANCE

Manuel Valls, électrochoc pour socialistes français moribonds

D'origine tessinoise, l'étoile montante du PS veut écarter les «éléphants» et Ségolène Royal de la présidentielle de 2012.

Les socialistes français sont incorrigibles. Alors qu'ils devraient préparer la «rénovation» du parti, plusieurs dirigeants sont déjà en piste pour l'élection présidentielle de 2012. Dernier venu parmi ceux qui «n'excluent pas», selon la formule consacrée, de se présenter: Manuel Valls, un iconoclaste de 45ans qui veut ranger les poids lourds du PS, Ségolène Royal comprise, au rayon des «personnages du passé».

Briseur de tabous

Il faut dire que comme briseur de tabous, Manuel Valls se pose là. Dans un livre* à paraître la semaine prochaine, il attaque au vitriol les grands noms de sa famille politique. Lionel Jospin, son ancien mentor, dont il était le porte-parole? «Il a contribué à geler la gauche intellectuellement.» François Mitterrand? Manuel Valls ne l'aime «pas beaucoup». Jean Jaurès, le père fondateur assassiné en 1914? Il restait dans la «proclamation» et pensait que «gouverner, c'était sale». Plus osé encore, Manuel Valls veut débarrasser le PS de la référence au socialisme - une utopie datée, d'après lui - et pense qu'«on n'est pas progressiste si on n'est pas libéral».

Le député et maire d'Evry, une ville de 50000 habitants en banlieue parisienne, détonne aussi par sa personnalité. Il est réservé, précis, cultivé - «un homme du sud grave», explique-t-on chez son éditeur. Son père était un peintre catalan, adversaire à la fois de Franco et de l'extrême gauche, sa mère vient de Biasca, un village du Tessin aux solides traditions anticléricales. «Ma mère avait plein de cousins qui s'appelaient Lucifero», raconte ainsi Manuel Valls, qui se rend régulièrement en Suisse. Son oncle, Aurelio Galfetti, est l'architecte qui a restauré le Castel Grande de Bellinzone.

De son éducation, Manuel Valls a hérité une haute idée de lui-même, une certaine dureté et une grande indépendance. «Il est le plus libre de tous les mecs de sa génération, pense l'un de ses amis, le seul à ne pas servir de portemanteau à ceux qui dirigent le parti.» Il a aussi refusé d'entrer au gouvernement, comme Nicolas Sarkozy le lui avait proposé au printemps dernier.

La description qu'il fait du PS est impitoyable: une formation minée par l'ennui et les intrigues stériles, qui sur tous les sujets sensibles - des retraites à l'immigration en passant par l'Europe ou les OGM - se réfugie dans l'abstention ou des slogans passéistes. Son diagnostic est simple: si le parti n'évolue pas vers un projet conciliant flexibilité et sécurité, il mourra à petit feu.

Déterminé à incarner une «gauche réformiste qui vit avec son temps», Manuel Valls est le seul socialiste à critiquer Nicolas Sarkozy parce que ses réformes ne vont pas assez loin à son goût. Lui aimerait introduire plus de sélection à l'université et augmenter les droits d'inscription - des hérésies absolues pour la gauche traditionnelle. Et il prévient les Français qu'ils devront «travailler plus et affronter davantage la concurrence» dans un contexte de mondialisation.

Mais son social-libéralisme ne l'empêche pas d'être un observateur averti des nouvelles formes de misères: celle des femmes qui élèvent seules leurs enfants en milieu rural, des nouveaux pauvres qui fouillent les poubelles pour manger, des jeunes diplômés condamnés à devenir trieurs de courrier à la poste. Autant d'oubliés d'un «modèle social» que les caciques du PS continuent d'encenser.

Incertitude de taille

Reste une incertitude de taille: ce message a-t-il la moindre chance de passer auprès d'un peuple de gauche que Manuel Valls décrit comme largement fâché avec son époque? Lui affirme que les électeurs sont prêts à «entendre un langage de vérité» et que le réalisme est devenu majoritaire au sein du PS. A l'inverse, si Nicolas Sarkozy déçoit et que la gauche ne change pas, la France risque une crise politique majeure, selon lui. «S'il n'y arrive pas, estime l'un de ses proches, ce sera une nouvelle preuve que ce pays est malade.»

* Pour en finir avec le vieux socialisme... et être enfin de gauche, entretiens avec Claude Askolovitch, Paris, Robert Laffont, 2008.

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