asie

L’Amérique se rapproche de l’Inde de Narendra Modi

Le président Barack Obama a entamé dimanche une visite de trois jours en Inde, qui s’inscrit dans la stratégie de pivot vers l’Asie

L’Amérique se rapproche de l’Inde de Modi

Inde Le président Barack Obama a entamé dimanche une visite de trois jours

Il développe sa stratégie de pivot vers l’Asie

En novembre 2014, Barack Obama annonçait déjà la couleur: les Etats-Unis «aspirent à ce que l’Inde joue un rôle plus important dans l’Asie-Pacifique». La visite qu’a entamée dimanche le président américain à New Delhi s’inscrit dans la stratégie de pivot vers l’Asie qu’il a présentée en 2010 mais qu’il n’a pu concrétiser jusqu’ici. Il est le premier président américain en exercice à se rendre à deux reprises en Inde. Ayant dû écourter légèrement son séjour pour pouvoir aller présenter ses condoléances à la famille royale saoudienne, il n’en demeure pas moins l’invité d’honneur du premier ministre indien Narendra Modi lors du Republic Day, un jour symbolique faisant référence à l’entrée en vigueur de la Constitution indienne de 1950.

L’administration démocrate a négligé la relation de Washington avec New Delhi. Elle souhaite rattraper le temps perdu, réalisant que l’Inde pourra être une pièce maîtresse dans sa stratégie asiatique. Dimanche, Narendra Modi a fait l’éloge de son hôte: «Notre relation s’établit à un nouveau niveau aujourd’hui. Notre amitié a non seulement rapproché Washington et New Delhi, mais a également rapproché nos peuples. L’alchimie personnelle compte beaucoup.»

Bras droit du secrétaire d’Etat adjoint pour l’Asie du Sud au sein de l’administration américaine jusqu’en 2013, Alyssa Ayres explique le soudain intérêt des deux pays à approfondir leurs relations dans les secteurs de l’économie, de la défense et de l’énergie. Il y a d’abord une relation personnelle entre les deux dirigeants, qui ont des atomes crochus. En septembre 2014, Barack Obama, qui accueillait le premier ministre indien à Washington, est allé jusqu’à rompre le protocole pour faire une balade avec Narendra Modi au Mémorial Martin Luther King. Dimanche matin, sur le tarmac de l’aéroport de New Delhi, l’hôte indien a réservé une accolade chaleureuse au locataire de la Maison-Blanche.

«Modi est prêt à rompre avec le dogme du non-alignement selon lequel l’Inde devrait entretenir des liens égaux avec toutes les puissances. Il n’a pas peur d’apparaître trop proche des Américains», analyse Alyssa Ayres, également chercheuse au Council on Foreign Relations. Des investissements américains plus massifs pourraient permettre au premier ministre indien d’atteindre un objectif très ambitieux qu’il s’est fixé: éradiquer la pauvreté dans son pays. Les échanges commerciaux entre les deux pays se chiffrent désormais à 100 milliards de dollars. «Cela ne veut pas dire, poursuit la chercheuse, que l’Inde va changer ses relations avec la Russie, le Royaume-Uni, la France ou encore le Japon et l’Australie.»

Les deux plus grandes démocraties du monde ont un intérêt commun à contenir la montée de la Chine en Asie. En Inde, explique Tanvi Madan, chercheuse à la Brookings Institution, on craint un «G2», un axe sino-américain, en raison de l’interdépendance des deux économies. On redoute aussi l’influence chinoise dans les pays voisins, qui n’a cessé de croître ces cinq dernières années. Pékin y a énormément investi, à l’exemple du Sri Lanka. Les deux dirigeants vont sans doute renforcer la coopération de leur pays dans le domaine maritime pour donner un signal à Pékin, plus agressif en mer de Chine. Mais, avertit Tanvi Madan, ni les Etats-Unis, ni l’Inde n’ont intérêt à ce que l’un ou l’autre partenaire ait une relation trop distante ou trop proche de Pékin. La triangulaire n’est pas un jeu à somme nulle.

A l’échelle géopolitique, l’Inde, proche de Moscou durant la Guerre froide, pourrait s’avérer un allié de poids face à l’instable Pakistan, puissance nucléaire, mais aussi dans le dossier afghan. Avec la fin de la mission de combat des forces de la coalition internationale, l’Afghanistan risque de connaître un effondrement des investissements. «A ce titre, relève Alyssa Ayres, l’Inde peut jouer un rôle crucial pour combler ce vide. Elle y a déjà investi plus de 2 milliards de dollars, a construit des écoles, des routes, a formé des fonctionnaires.»

Dans la capitale indienne, Barack Obama ne se privera pas de parler de changement climatique dans la perspective de la conférence sur le climat de Paris en décembre. Mais sans illusion. Il n’y aura pas d’accord surprise à l’image de celui que le président américain a conclu avec Xi Jinping en automne dernier. L’Inde est l’un des plus grands pollueurs de la planète après la Chine et les Etats-Unis. Comptant encore 300 millions d’habitants sans accès à l’électricité, elle prévoit de doubler sa production de charbon à plus d’un milliard de tonnes pour répondre aux besoins énergétiques d’une économie dont la croissance dépassera bientôt celle de la Chine. L’Inde n’est pas au même stade de développement que la Chine. S’il ne parviendra pas à inciter son hôte à fixer un plafond d’émissions de gaz à effet de serre, Barack Obama cherchera à développer le partenariat entre les deux pays en matière d’énergie propre. La société américaine Sun­Edison et le milliardaire indien Gautam Adani viennent ainsi de dévoiler leur intention d’investir 4 milliards de dollars pour créer, dans le Gujarat, la plus grande fabrique de panneaux photovoltaïques du pays.

L’Inde étant une puissance nucléaire non signataire du Traité de non-prolifération comme le voisin pakistanais, les Etats-Unis aimeraient aussi réactiver l’accord indo-américain sur le nucléaire civil de 2008, qui est largement resté sans effet en raison d’une loi du parlement indien de 2010. Dimanche, Narendra Modi s’est félicité des progrès accomplis en la matière après six ans de blocage.

Les deux plus grandes démocraties du monde ont un intérêt commun à contenir la montée de la Chine en Asie

Publicité