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Mohammed Dahlan, l’homme qui entend détrôner le raïs palestinien

L’ex-patron du service de sécurité de Gaza, basé aujourd’hui à Abu Dhabi, se verrait bien à la tête de l’Autorité palestinienne. Il accuse Mahmoud Abbas de népotisme et d’incompétence

Mohammed Dahlan, l’homme qui entend détrôner le raïs palestinien

Proche-Orient L’ex-patron du service de sécurité de Gaza, basé aujourd’hui à Abu Dhabi, se verrait bien à la tête de l’Autorité palestinienne

Le 20 avril dernier, une étrange cérémonie s’est déroulée à Jéricho: le mariage collectif de 241 couples palestiniens issus des milieux les plus défavorisés. Un événement parrainé par le président de l’Autorité palestinienne (AP), qui a présenté ses vœux de bonheur aux jeunes tourtereaux accompagnés d’un petit viatique censé les aider à démarrer dans la vie.

Sympathique. Sauf que Mahmoud Abbas n’a pas fait cela pour la beauté du geste. En fait, il voulait couper l’herbe sous le pied de Mohammed Dahlan, son principal rival, qui avait organisé le même genre de mariage collectif dix jours plus tôt à Gaza. Pour l’occasion, 200 couples avaient été bénis. Et leur sponsor avait offert à chacun d’entre eux l’équivalent de 4000 dollars en liquide. Un pactole dans l’enclave palestinienne.

Aujourd’hui basé à Abu Dhabi après avoir longtemps vécu à Londres, cet homme longiligne et ténébreux était l’ancien patron du Service palestinien de sécurité préventive (SPSP) de la bande de Gaza lorsque l’AP contrôlait encore ce territoire. Alors considéré comme l’homme fort de Gaza, il y disposait de moyens techniques importants fournis par la CIA – qui entretenait une antenne dans un immeuble isolé – ainsi que de revenus provenant de taxes qu’il faisait prélever pour son propre compte aux points de passage avec l’Egypte et Israël.

Mohammed Dahlan semblait inamovible. Sauf qu’en juin 2007, il se trouvait à l’étranger pour y être opéré des genoux et c’est ce moment-là que le Hamas a choisi pour perpétrer le putsch qui lui a permis de prendre le contrôle de l’enclave.

Déchu, l’ex-homme fort de Gaza a d’abord trouvé refuge à Ramallah avant de se brouiller avec Mahmoud Abbas et d’entamer sa traversée du désert. Une retraite non désirée qui le remplit de rancœur puisqu’il a été suspendu des instances dirigeantes du Fatah en 2009 avant d’être condamné en 2011 pour «diffamation» envers les services de sécurité de l’AP – il les avait accusés de «corruption».

«Aujourd’hui âgé de 53 ans, Mohammed Dahlan se voit comme le futur président palestinien. C’est pour cela qu’il livre un combat sans merci au raïs en titre aujourd’hui âgé de 80 ans. Les deux hommes ne se font pas de cadeau, tous les moyens sont bons pour dénigrer l’autre», explique le spécialiste israélien Ohad Hemo.

Lorsque les proches de Mohammed Dahlan affirment «détenir les preuves écrites que Mahmoud Abbas et ses fils sont des pourris qui raflent les marchés publics et rackettent les étrangers», le président de l’AP répond coup pour coup en faisant accuser par les porte-parole du Fatah le «traître Dahlan» de «collaborer avec les services de renseignement israéliens», d’avoir «fait empoisonner Yasser Arafat», et de fournir aux Israéliens des informations qui leur permettent de procéder à des «liquidations» de cadres du Hamas.

Cabale politique

Selon plusieurs médias palestiniens et israéliens, le «traître» aurait même rencontré secrètement le ministre israélien des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, à plusieurs reprises en Europe. Ce que les deux hommes ne nient pas même s’ils ne révèlent pas le contenu de leurs entretiens. Seule indication incontestable: depuis lors, le chef de la diplomatie israélienne plaide pour le départ de Mahmoud Abbas.

En décembre 2014, le procès de Mohammed Dahlan pour «détournement de fonds» (15 millions d’euros) a débuté à Ramallah. Mais les audiences, qui se sont déroulées en l’absence de l’accusé, ont été chaotiques et peu convaincantes. Le 19 avril dernier, le tribunal a d’ailleurs estimé que le dossier établi par l’AP n’était pas recevable, confortant l’ex-patron du SPSP de Gaza dans son rôle de leader potentiel de l’AP victime d’une cabale politique.

A Abu Dhabi, Mohammed Dahlan contrôle plusieurs entreprises de construction ainsi que plusieurs autres affaires. Mais l’on parle de plus en plus de lui au Proche-Orient. En Egypte, où les médias lui accordent de longues tribunes, mais également en Libye où le Conseil révolutionnaire l’accuse depuis 2011 d’avoir fait des affaires douteuses avec le dictateur Kadhafi et son entourage.

Au début de l’année, son nom a également été cité en Serbie où il est intervenu comme intermédiaire dans différents marchés – y compris des affaires d’armement – entre le pouvoir local et les Emirats arabes unis. Une médiation qui lui a valu d’obtenir un passeport serbe.

Quoi qu’il en soit, Mohammed Dahlan semble prêt à tout pour s’installer à la tête de l’AP. Y compris à se réconcilier avec le Hamas, qui l’a pourtant expulsé de Gaza. Ces derniers mois, profitant du gel par Israël du versement des droits de douanes et des taxes que ce pays recueille pour le compte de l’AP, donc de l’incapacité pour cette dernière de verser le salaire de ses fonctionnaires, l’ex-patron du SPSP a pris en charge le salaire d’au moins 200 fonctionnaires. Avec l’accord des islamistes, trop heureux d’embêter Mahmoud Abbas. Il s’est ainsi créé un petit noyau de fidèles, dont certains ont d’ailleurs défilé le 19 avril dans les rues de Gaza pour célébrer la fin des poursuites judiciaires visant leur mécène.

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