Syrie

Daech a décapité celui qui incarnait Palmyre

L’ancien directeur du musée des antiquités a été exécuté mardi par l’Etat islamique. Il avait sauvé in extremis les trésors de l’établissement avant l’arrivée des djihadistes en mai dernier

Daech a décapité celui qui incarnait Palmyre

Syrie L’ancien directeur du musée des antiquités a été exécuté par l’Etat islamique

Il avait sauvé des œuvres avant l’arrivée des djihadistes

Les archéologues ont été parmi les premiers à apprendre la terrible nouvelle, un séisme dans la profession: Khaled al-Assaad a été victime de la folie meurtrière des djihadistes de l’Etat islamique (EI). Les photos diffusées sur les réseaux sociaux ont confirmé le crime: l’ancien directeur du musée des antiquités de Palmyre, âgé de 82 ans, a été décapité puis pendu par les pieds à un candélabre dans sa ville, Palmyre. Avec cet assassinat, un symbole disparaît, car l’histoire de Khaled al-Assaad suit pas à pas un demi-siècle de fouilles archéologiques dans le désert syrien. Sans lui, les trésors de Palmyre n’auraient pu être conservés.

La fin de Khaled al-Assaad se dit en peu de mots et en lettres noires. Contrairement à ses fils qui choisissent de prendre refuge à Damas, la capitale syrienne, il avait, lui, choisi de rester à Palmyre malgré la guerre et malgré la prise de contrôle de la ville par les djihadistes de Daech (selon l’acronyme arabe de l’organisation) en mai dernier. Il n’avait plus de fonction officielle dans l’administration publique depuis 2003 et pensait probablement être protégé par son grand âge.

Kidnappé en juillet, il est retenu un mois par ses ravisseurs, qui l’ont, sans l’ombre d’un doute, torturé. Puis ses bourreaux l’ont mis à mort mardi au centre de Palmyre, une décapitation publique avant de le pendre par les pieds et d’abandonner son cadavre mutilé aux quatre vents.

Une pancarte suspendue à la dépouille donne les prétendues raisons de son supplice: son soutien au régime de Bachar el-Assad et sa dévotion pour les idoles. D’une part, l’EI prétend en effet lutter contre le régime syrien, et la lecture aveugle du Coran, prônée notamment par les djihadistes, proscrit l’intérêt et la conservation des reliques du passé. Il y aurait une autre raison plus prosaïque à l’enlèvement de Khaled al-Assaad: pensant qu’il avait enterré de l’or, les djihadistes ont voulu lui faire avouer ses cachettes.

Depuis la prise de Palmyre par Daech, les destructions massives que beaucoup redoutaient n’ont pas eu lieu, ou pas encore. Comme l’explique l’archéologue Denis Genequand, chargé de cours à l’Université de Genève et directeur des missions archéologiques syro-suisses de Qasr al-Hayr al-Sharqi et de Palmyre, en fait le dernier étranger à avoir participé en juillet 2011 à des fouilles sur le site, «seuls deux mausolées auraient été détruits. Par contre, les djihadistes ont probablement pillé tout ce qui pouvait l’être.» En tuant Khaled al-Assaad, les djihadistes s’en sont indirectement pris au site antique car, insiste Denis Genequand, «Khaled al-Assaad incarnait Palmyre, il lui avait dédié sa vie. Il a contribué plus que n’importe qui à la faire connaître.»

Enfant de Palmyre, diplômé de l’Université de Damas, Khaled al-Assaad apprend à lire l’araméen, la langue du Christ, ce qui lui sera utile pour déchiffrer certaines des inscriptions retrouvées à Palmyre. Il commence sa carrière au musée des antiquités de la ville. Très vite, il prend les rênes de l’institution et ne les cédera qu’à l’heure de la retraite, en 2003, lorsque son fils Walid prend la relève. Durant ses années à la tête du musée et du site archéologique, il n’aura de cesse d’organiser les premières missions archéologiques étrangères dans les ruines.

Tout naturellement, quand Denis Genequand débarque dans la bourgade au milieu du désert syrien, il est pris en charge par Khaled al-Assaad: «Un peu revêche de prime abord, il se montrait ensuite chaleureux et enthousiaste. Il était la mémoire des fouilles menées dans la région, avait connu tous les archéologues qui ont creusé les sables de ce bout de désert. Il faisait ainsi un lien entre les équipes et entre les différentes recherches.»

A la retraite, Khaled al-Assaad continuait de venir presque quotidiennement au musée, où ses enfants, élevés dans l’amour des antiquités, œuvraient désormais à sa place. Lorsqu’il était attablé à la terrasse du café non loin de son musée, tous les passants le saluaient avec déférence ou lui baisaient la main. Reconnaissance légitime, car en donnant une notoriété internationale aux ruines, Khaled al-Assaad a contribué à faire de Palmyre une destination prisée des visiteurs syriens et étrangers. Avant que le pays ne s’enfonce dans la guerre civile, la moitié de la ville vivait du tourisme.

Une partie de son œuvre lui survit, les pièces les plus intéressantes découvertes dans les ruines sont conservées à Damas. Maamoun Abdulkarim, le directeur du Département syrien des antiquités, joint par téléphone, explique: «En véritable héros, il a organisé avec ses enfants un convoi pour évacuer in extremis avant l’arrivée de l’EI les trésors du musée de Palmyre.»

Kidnappé en juillet, il est retenu un mois par ses ravisseurs,qui l’ont, sans l’ombre d’un doute, torturé

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