France

Ségolène Royal savoure sa revanche politique

La ministre française de l’Ecologie quadrille la COP21 tout en gardant l’œil rivé sur les régionales de dimanche. Persuadée que la progression attendue du FN va remettre son discours identitaire au centre du jeu. Et la rendre plus indispensable encore à son ex-compagnon François Hollande

Un sourire poli. Des excuses rapides. Il faut avoir vu Ségolène Royal faire patienter, dans la salle de conférences de son ministère parisien, tous ses collaborateurs et une belle brochette de journalistes pour comprendre que l’ex-collaboratrice de François Mitterrand a, comme le défunt président, le goût des retards calculés. Marque d’autorité et d’indifférence à la fois. La ministre de l’Ecologie n’a, à 62 ans, plus rien à prouver, et guère d’intérêt à séduire au fil de cette COP21 où elle est condamnée à jouer les seconds rôles. Un collaborateur: «Elle n’a qu’un objectif: faire le job, assurer en tant que cheffe de la délégation française. Mais dans sa tête, elle a un peu tourné la page.» Une militante de Greenpeace qui, jeudi, vient d’échanger quelques mots avec elle dans l’espace Générations climat: «C’est une grande pro. Mais son héritage écologique à elle, c’est la loi sur la transition énergétique, pas cette conférence onusienne.»

Revirement stratégique

17 août 2015-30 novembre 2015: entre la date de promulgation de «sa» loi pour une croissance verte et l’ouverture de la COP21, Ségolène Royal a compris qu’elle ne pourrait pas, cette fois, renverser la vapeur politique en jouant l’opinion et les médias contre les instances gouvernementales, ce qu’elle a fait si souvent par le passé. Redevenue ministre en avril 2014, l’ancienne présidente de la région Poitou-Charentes a vite saisi que son «grand» portefeuille de l’Ecologie, du développement durable et de l’énergie n’étancherait pas cette soif de revanche qui est la sienne, depuis sa défaite présidentielle de 2007, face à Nicolas Sarkozy: 47% pour elle; 53% pour lui.

A 62 ans, elle n'a plus rien à prouver, et guère d’intérêt à séduire au fil de cette COP21 où elle est condamnée à jouer les seconds rôles

Impossible, pour cette COP21 que la France a choisi d’organiser, de doubler le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, chargé des négociations climatiques. Difficile, surtout, d’exister sur cette thématique verte qu’elle maîtrise bien – elle fut ministre de l’Environnement en 1992 – mais qui manque de stature «régalienne». L’Education, la Justice, les Affaires étrangères ou la Défense, tels sont les portefeuilles qu’elle se verrait bien assumer en cas de remaniement. «Cette conférence Paris-climat, c’est un peu son baroud d’honneur vert», reconnaît un de ses conseillers, en nous faisant visiter l’exposition sur le réchauffement de la planète qu’elle a tenu à organiser dans la cour pavée de son ministère, boulevard Saint-Germain.

En tailleur bleu presque électrique à la Angela Merkel, prompte à serrer devant nous les mains d’entrepreneurs engagés dans les énergies propres, Ségolène Royal joue en fait, depuis mai 2012 et l’accession à l’Elysée de François Hollande, une tout autre partie. Jugez plutôt: il y a trois ans, alors que son ex-compagnon et père de leurs quatre enfants vient d’accéder à l’Elysée, l’ancienne candidate à la présidentielle essuie le pire outrage. Alors que son parti l’a investi dans la circonscription législative de La Rochelle, un dissident du PS rafle la députation après avoir reçu le soutien de celle qui lui a succédé, depuis le début des années 2000, dans le cœur de «François». «Ségo», qui a consacré sa vie à la politique, se retrouve à terre. Plus qu’abandonnée. Humiliée.

Affaire Trierweiler

Ségolène contre Valérie. Royal contre Trierweiler. La fille de colonel, femme politique à la fois communicante et austère, défenseure des valeurs familiales et de l’identité tricolore, élue rurale du Poitou, contre la journaliste gouailleuse, issue d’un milieu populaire, parisienne en diable, dont la toile d’araignée médiatique a tellement profité au «candidat» Hollande. Ce n’est plus un duel. C’est une curée dont se délectent les Français.

Battue dans les urnes, défiée par tweet interposé, Ségolène n’est plus, en cette fin 2012, que l’ombre de la jeune énarque sémillante qui, vingt ans plus tôt, posait dans Paris Match avec son conjoint parti ferrailler en Corrèze contre Jacques Chirac. La présidence de sa région Poitou-Charentes n’est plus un refuge. Son autoritarisme vire à l’aigreur. Son projet de voiture électrique poitevine a tourné au fiasco, engloutissant des dizaines de millions d’euros. On la dit tentée par un poste onusien, voire une ambassade, mais elle parle très mal anglais et ne goûte pas à la mondialisation. Son idylle avec un homme d’affaires français installé au Maroc lui a valu des déboires médiatiques. Ses séjours fréquents à l’île Maurice, où des députés locaux s’irritent du faste qui lui est à chaque fois réservé, sont la seule «fenêtre» mondialisée de son agenda qui a toujours été hexagonal. «Elle s’est vue soudain vieillir loin du pouvoir et de la politique. Cela a dû être terrible, vertigineux», raconte l’auteure et éditrice Laure Adler.

Elle s’est vue vieillir loin du pouvoir et de la politique. Cela a dû être terrible

Sauf qu’on ne meurt jamais en politique. Ou presque. Surtout si le chef de l’Etat a «grandi» à vos côtés, avant de délaisser vos bras pour ceux d’une autre. Victime de son tweet fatal, Valérie Trierweiler est répudiée plus durement encore, en janvier 2014, par celui que Ségolène prend toujours soin d’appeler «le président». Son best-seller Merci pour ce moment, condensé de haine contre la ministre, a repoussé la journaliste dans son rôle de séductrice manipulatrice, et rapproché le locataire de l’Elysée de son ex-compagne. «Ségolène peut dire à Valérie «merci pour la revanche!», ironise un conseiller présidentiel. Le retour se fait en fanfare. Son ministère doit servir de caution verte alors que les écologistes claquent la porte du gouvernement. Après l’humiliation, le recours.

Prête à rebondir sur le succès annoncé du FN

L’ultime réhabilitation, de plus, est peut-être pour bientôt. Une fois la COP21 terminée, mais surtout après les régionales des 6 et 13 décembre. Qui, au sein du Parti socialiste, tient depuis des années un discours sur l’identité française, et peut réconcilier la gauche avec le peuple et le besoin d’autorité? Qui a proposé, jadis, des centres de rééducation pour les jeunes délinquants? Qui a toujours dans ses tiroirs le manuscrit de Notre chance d’être Français, le livre promis à Grasset et reporté en raison de son entrée au gouvernement? Qui engrange, bon gré mal gré, 55% d’opinions favorables dans les sondages? «Moi», a-t-elle répondu sans ciller lors d’une conférence de presse en marge de la COP21, où elle attendait, lundi, les dirigeants mondiaux en compagnie de François Hollande.

Qu’importe si sa loi sur la transition énergétique est critiquée par les experts, et si la ministre de l’Ecologie ferme les yeux sur les manœuvres du champion européen de l’atome qu’est EDF pour retarder le démantèlement de la centrale nucléaire de Fessenheim, frontalière de la Suisse. Le climat qui compte le plus, pour Ségolène Royal, n’est pas celui qui réchauffe la planète. Celle qui aime citer Jeanne D’Arc, jusqu’à susciter les quolibets, se préoccupe plus d’une France chauffée à blanc par les divisions et la peur, livrée aux assauts de Marine Le Pen. La revanche, affirment ses proches, lui a redonné le goût d’en découdre.

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