Terrorisme

Des composants suisses retrouvés dans les bombes de l'Etat islamique?

Des transistors fabriqués par la société genevoise STMicrolectronics auraient servi à fabriquer des explosifs improvisés utilisés par les djihadistes en Irak, selon un rapport. Des contrefaçons, répond l'entreprise

Une cinquantaine de sociétés de 20 pays sont impliquées dans la fourniture des composants qui servent à fabriquer les bombes de l'Etat islamique (EI), montre une étude commandée par l'Union européenne (UE). La société suisse STMicroelectronics est concernée.

Selon le rapport, des transistors TIP102 et BDX53C fabriqués par l'entreprise de Plan-les Ouates (GE) se sont retrouvés dans des bombes artisanales utilisées par l'Etat islamique contre les forces irakiennes et kurdes. STMicroelectronics n'a pas répondu aux demandes d'information des auteurs du rapport, qui voulaient connaître le parcours suivi par les transistors. 

Nous nous serions jamais permis de vendre des produits à l’État islamique ni à aucune autre organisation apparentée.

Contactée jeudi, l’entreprise genevoise précise n'avoir pris que récemment connaissance de la situation. «Selon notre enquête interne, les éléments incriminés correspondent à des contrefaçons, problème récurrent dans notre industrie», stipule un porte-parole de la société. Et ce dernier d’insister: «Nous nous serions jamais permis de vendre des produits à l’État islamique ni à aucune autre organisation apparentée.»

Le parcours des composants électroniques utilisés par l'EI. Concernant les pièces suisses provenant de STMicroelectronics, il s'agit du parcours présumé, en l'absence de clarifications données par l'entreprise.

Les plus de 700 composants, câbles, produits chimiques et autres utilisés par l'EI pour fabriquer des engins explosifs ont transité par 51 sociétés turques, indiennes, chinoises, brésiliennes, russes ou encore américaines, précise l'étude publiée jeudi. Elle a été réalisée par Conflict Armament Research (CAR) pour le compte de l'UE.

Ces explosifs sont désormais produits à une «échelle quasi-industrielle» par l'EI. Le groupe djihadiste utilise des composants autorisés et largement disponibles comme les engrais chimiques et les téléphones mobiles, explique le CAR.

Le commerce de ces petits composants bon marché, dont certains n'ont pas besoin de licences à l'exportation, est bien moins surveillé que les transferts d'armes.

La Turquie refuse de coopérer

Le pays le plus représenté dans la chaîne de fabrication est la Turquie, avec un total de 13 sociétés. L'Inde arrive en seconde position avec sept sociétés qui ont fabriqué l'essentiel des détonateurs et autres cordons de mises à feu. Tout ce matériel a été exporté légalement dans le cadre de licences émises en Inde à des entités au Liban et en Turquie.

Selon James Bevan, directeur exécutif de CAR, inciter les fournisseurs à avoir des systèmes de comptabilité efficaces pour établir le lieu de destination des marchandises aurait un effet dissuasif. Il précise que le gouvernement turc a refusé de coopérer avec CAR, de sorte que le groupe n'a pas pu déterminer l'efficacité de la législation turque sur le suivi des composants.

CAR a pu avoir accès aux composants par exemple via les milices kurdes YPG soutenues par Washington en Syrie, la police fédérale irakienne, le Conseil de sécurité de la région du Kurdistan et les forces du Gouvernement régional du Kurdistan. Les composants ont été récupérés lors de grandes batailles en Irak à Al Rabia, Kirkouk, Mossoul et Tikrit et dans la ville syrienne de Kobané.

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