Europe centrale

Norbert Hofer, l’extrême droite autrichienne au seuil du pouvoir

Le candidat du FPÖ au deuxième tour de la présidentielle aime afficher un sourire affable en toutes circonstances. Mais ses grandes ambitions effraient ses adversaires

Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Autriche pourrait se réveiller lundi avec un président d’extrême droite. Norbert Hofer, le candidat du Parti de la Liberté d’Autriche (FPÖ), est arrivé largement en tête du premier tour avec plus de 35 % des voix, devant Alexander Van der Bellen, ex-patron des écologistes, qu’il devance de près de 14 points. Quel que soit le résultat du second tour ce dimanche, le président fédéral ne sera donc pas issu des rangs conservateurs ou sociaux-démocrates. Une première, dans l’histoire de la deuxième République.

Pourtant, bien peu d’observateurs pariaient sur la victoire de cet ingénieur en aéronautique de 45 ans, que les sondages ne créditaient encore en janvier que de 8 % d’intentions de vote. «Vous allez être surpris de ce que peut accomplir un président.» Ces propos, assénés d’un ton affable au cours d’un débat télévisé à quelques jours du premier tour, résonnent désormais comme une menace. Jusqu’à présent, le président autrichien occupait surtout une fonction honorifique. Le président sortant, Heinz Fischer, est une figure populaire aux airs débonnaires, gentiment moqué mais respecté comme autorité morale.

Norbert Hofer, lui, a bien l’intention d’utiliser les pouvoirs constitutionnels liés à la fonction. Sur le papier au moins, le président est chef des armées. A tout moment, il peut renvoyer le chancelier et dissoudre le gouvernement. Ce que Hofer menace de faire sitôt élu. Il pourrait aussi empêcher la signature de traités internationaux. «D’après la Constitution c’est du ressort du président, précise à Libération Peter Filzmaier, professeur de science politique à l’université du Danube. Les deux candidats ont d’ailleurs promis de ne pas apposer leur signature à un éventuel traité de libre-échange transatlantique.»

Les avertissements de ses adversaires, qui parlent de conception autoritaire de la fonction, ne sont pas très audibles alors que Norbert Hofer est souvent présenté comme «le visage souriant du FPÖ». Vice-président du parti d’extrême droite depuis qu’Heinz-Christian Strache en a pris la tête en 2005, il fut l’un des architectes de la normalisation du parti. C’est notamment sous son impulsion que les clins d’œil antisémites et xénophobes ont été gommés des discours. Désormais, le FPÖ concentre ses attaques sur l’islam, l’immigration, l’Europe, le tout agrémenté d’une dimension sociale propre à siphonner les votes des classes populaires. Les éléments les plus controversés du parti ont été écartés.

Quand Heinz-Christian Strache aboie ses discours, le gendre idéal Hofer garde ses bonnes manières. Mais les deux hommes sont au diapason. La petite musique de Norbert Hofer se veut rassurante, plus personnelle. Il n’hésite pas, par exemple, à évoquer son handicap – il marche avec une canne depuis un accident de parapente en 2003. Mais sur le fond, il n’a renoncé à rien. Pour lui, l’Europe est confrontée à une «invasion musulmane» de réfugiés venus «profiter des allocations» autrichiennes. Armer les soldats à la frontière est, selon lui, une évidence. C’est d’ailleurs sur la crise migratoire et sur les questions européennes qu’il s’est le plus confronté à Alexander Van der Bellen, lui-même fils et petit-fils de réfugiés. En 1994, Norbert Hofer a voté ­contre l’adhésion de l’Autriche à l’Union européenne. Il prend volontiers Charles De Gaulle comme référence pour justifier sa vision d’une Europe des nations.

Les soutiens de nombreux dirigeants européens et des principaux responsables de partis autrichiens à son adversaire écologiste sont pour lui le signe qu’Alexander Van der Bellen est «le candidat du système». Peu importe que le FPÖ soit depuis longtemps un parti de gouvernement. Même à gauche, la digue a fini par céder. Dans le Burgenland, région rurale à la frontière hongroise dont Hofer est originaire, les sociaux-démocrates ont formé une coalition avec l’extrême droite, contre l’avis de la direction du parti, impuissante à l’empêcher. Hofer a œuvré en coulisse pour ce mariage arrangé.

La crainte des progressistes autrichiens désormais, c’est qu’une victoire de l’extrême droite lors d’élections anticipées ou des législatives de 2018 n’amènent au pouvoir un chancelier également issu des rangs du FPÖ. La démission du chancelier social-démocrate Werner Faymann, remplacé mardi par Christian Kern, issu de la même formation politique et jusque-là président de la compagnie nationale ferroviaire, a sans doute permis d’accorder un répit à la coalition au pouvoir. Mais pour combien de temps ?

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