Etats-Unis

Hillary Clinton remporte haut la main le premier débat présidentiel

Donald Trump est tombé dans la plupart des pièges tendus par la candidate démocrate, nettement mieux préparée. Le républicain a agi davantage en hommes d’affaires qu’en candidat

Elle venait de passer des semaines difficiles. Elle s’effondra, déshydratée et affectée par une pneumonie en marge de commémorations des attentats du 11 septembre 2001. Son avance dans les sondages n’a cessé de s’éroder depuis le mois d’août. Et pourtant. Lundi soir, lors de ce que les Américains ont décrit comme le «débat du siècle» vu par près de 84 millions de téléspectateurs, Hillary Clinton a poussé son rival républicain Donald Trump dans les cordes avec une maestria qui a surpris ceux qui pensaient qu’elle avait perdu de son mordant.

Lire aussi: Hillary Clinton ou le syndrome Cendrillon

Les meilleurs moments (et les pires) du débat Clinton/Trump

Plusieurs sondages immédiats réalisés peu après la joute cathodique étaient catégoriques: la candidate démocrate a largement gagné ce premier débat. Parmi les téléspectateurs interrogés par CNN/ORC, 62% estiment qu’elle a remporté ce premier de trois débats contre 27% pour Donald Trump.

Donald Trump tombe dans les pièges de son adversaire

Posée, imperturbable face à un Donald Trump prompt à l’interrompre, elle a sans doute atteint l’un des objectifs qu’elle s’était fixés: montrer que son rival n’avait pas le tempérament pour diriger la première puissance mondiale. Le candidat républicain est tombé dans la plupart des pièges tendus par la démocrate. Quand Hillary Clinton dénonce l’homme d’affaires Donald Trump qui n’a pas payé des sous-traitants ayant travaillé pour lui, il réplique qu’il a agi en hommes d’affaires. A de multiples reprises, il ne semblait pas avoir la hauteur nécessaire pour s’adresser à un large public américain, donnant l’impression de parler en premier lieu de sa carrière fructueuse de magnat de l’immobilier. A un certain moment du débat, Hillary Clinton a déclaré qu’il ne suffisait pas d’être un homme d’affaires pour revendiquer la Maison-Blanche.

Lire aussi: Trump-Clinton, le débat «du siècle» ponctue une campagne électorale désarçonnante

Quand l’animateur de la soirée Lester Holt, de NBC, lui demande pourquoi il ne publie pas sa déclaration d’impôts comme la quasi-totalité des candidats présidentiels depuis un demi-siècle, il a déclaré qu’il attendrait que son audit par le fisc américain (IRS) soit terminé. Or Lester Holt s’était informé auprès de l’IRS. Un audit n’empêche nullement le candidat à publier sa feuille d’impôts. Le républicain a promis de le faire si sa rivale démocrate publiait les 30 000 courriels qu’elle a effacés de sa messagerie privée utilisée quand elle était secrétaire d’Etat.

Hillary Clinton assène ensuite un coup dur à son adversaire, laissant entendre que ce refus de transparence fiscale cacherait le fait que Donald Trump n’est finalement pas aussi riche qu’il le prétend, qu’il traite beaucoup plus avec Wall Street et des banques étrangères qu’il ne le laisse croire et enfin qu’il ne payerait pas d’impôts fédéraux, soit «zéro dollars pour l’armée, pour les vétérans et pour les écoles», a martelé Hillary Clinton. La réponse du milliardaire new-yorkais? Il ne dément pas ne pas payer d’impôts fédéraux, un fait qui pourrait lui porter préjudice auprès des classes laborieuses blanches de la «Rust Belt» (ceinture de la rouille) tentées par un vote en faveur du républicain. Il insiste au contraire sur le fait que l’argent du gouvernement fédéral est mal dépensé.

L’équipe de campagne du républicain s’est longtemps vantée, à l’approche du débat, que Donald Trump avait limité sa préparation, comptant sur ses compétences d’improvisateur. Durant une heure et demie de débat, ce manque de préparation s’est toutefois payé cash. Donald Trump semblait incapable de rester focalisé sur une question, liant une fois dans sa réponse le nucléaire iranien, la Corée du Nord et le Yémen. Son malaise était d’autant plus visible dans ses mimiques que celles-ci apparaissaient sur la même image que Hillary Clinton, qui est restée concentrée sans se laisser une seule fois désarçonner par son rival.

Lire aussi: Pour comprendre le «débat du siècle» entre Hillary Clinton et Donald Trump

Trump fait dans l’hyperbole

Le moment le plus dramatique pour Donald Trump fut sans doute la partie consacrée aux questions raciales qui enflamment de nouveau l’Amérique, après que deux Afro-Américains ont été tués par des policiers à Charlotte en Caroline du Nord et à Tulsa en Oklahoma. Si Hillary Clinton a expliqué en termes peu spécifiques la nécessité de restaurer la confiance entre la police et la population, notamment afro-américaine, de renforcer la formation des policiers et d’inciter aussi bien policiers et citoyens à respecter la loi ainsi qu’à durcir la législation sur les armes à feu, Donald Trump a fait dans l’hyperbole. «Les Afro-Américains et les Hispaniques vivent en enfer» dans certaines villes et banlieues, a-t-il relevé, évoquant les quelque 4000 personnes tuées à Chicago depuis l’arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche.

Lire aussi: Charlotte en proie à une nouvelle série d’émeutes raciales

Le républicain a mentionné qu’il fallait réintroduire le «Stop and frisk», une méthode de fouille systématique pratiquée jusqu’à peu par la police de New York. Or ce fut sans doute la technique policière la plus controversée utilisée à l’époque du maire Rudy Giuliani et Michael Bloomberg, mais interrompue par l’actuel maire Bill de Blasio. 90% des gens interpellés étaient de couleur. Hillary Clinton a riposté: la méthode est inefficace. Et les statistiques lui donnent raison. Sur près de 700 000 fouilles «Stop and frisk» à leur pic, un 0,2% d’entre elles a permis de mettre la main sur des armes à feu.

La question du «birtherism», le mouvement dont Donald Trump fut le héraut depuis 2011 mettant en doute le fait que Barack Obama est né Américain et qu’il est un président légitime, fut l’un des passages les plus désastreux du débat pour le candidat républicain. Ce dernier a récemment voulu mettre fin à la controverse en déclarant, lors de l’inauguration de son hôtel à Washington, à deux pas de la Maison-Blanche, que Barack Obama était bien né aux Etats-Unis.

Mais lundi soir, Hillary Clinton n’a pas laissé son adversaire passer l’éponge sur cet épisode aussi facilement. Elle a déploré que son rival s’en soit pris au premier président noir dans l’histoire des Etats-Unis. Mais elle a ajouté que ce n’était pas un cas isolé. En 1973, a-t-elle précisé, Donald Trump avait fait l’objet d’une plainte du Département de justice qui l’accusait de refuser de louer des appartements à des Afro-Américains. «Il a une longue histoire de comportements racistes». Cet épisode «a blessé» Barack Obama, a-t-elle admis, avant d’ajouter: «Mais comme Michelle Obama l’a déclaré à la Convention démocrate: «Ils veulent porter des coups bas, nous prenons de la hauteur.» Ne cherchant pas à expliciter pourquoi il a retourné sa veste sur la question, Donald Trump a aggravé son cas en laissant croire, à tort, que le mouvement des «birthers» avait été initié par la campagne de Hillary Clinton en 2008 quand elle était opposée à Barack Obama lors des primaires démocrates.

Une bataille de gagnée, mais la guerre n’est pas finie

La soirée avait pourtant relativement bien commencé pour Donald Trump qui a commencé par fustiger les traités de libre-échange et la concurrence déloyale de la Chine dont ont souffert nombre de travailleurs d’Etat de la «Rust Belt». En comparaison, la première intervention de la démocrate fut relativement faible. Mais après l’épisode des impôts et le débat sur les questions raciales, Hillary Clinton n’a cessé de porter des coups fatals à son adversaire.

En politique étrangère, l’ex-secrétaire d’Etat s’est appliquée à défendre l’accord sur le nucléaire iranien, faisant remarquer que son rival était contre l’accord, mais qu’il n’a jamais formulé la moindre alternative. Elle a rappelé à juste titre que Donald Trump avait bien soutenu, en 2002, l’invasion de l’Irak. Afin de montrer le danger que poserait une présidence Trump, elle a mentionné des déclarations du candidat républicain qui se disait prêt à bombarder des navires iraniens dans le golfe Persique au risque de déclencher une guerre alors qu’elle-même jugeait important d’agir avec plus de sang-froid en de telles circonstances.

Constatant qu’il avait perdu cette première bataille, Donald Trump a insisté: «J’ai le tempérament pour gagner», pour devenir président. La démocrate a exprimé ses doutes par une formule qui a fait mouche: «Un homme qui se sent provoqué par un tweet ne devrait jamais avoir accès aux boutons nucléaires.» Quant à l’énergie qui, selon Donald Trump, manquerait à l’ex-secrétaire d’Etat pour exercer la fonction de présidente, cette dernière a répliqué: «Une personne qui a visité 112 pays, qui a négocié des cessez-le-feu, mené des tractations et qui a répondu pendant onze heures à une commission du Congrès sur Benghazi «a l’énergie» nécessaire pour la fonction.»

Hillary Clinton a mis un terme à une phase plutôt faste pour le républicain. Elle a gagné la première bataille. Mais pas encore la guerre. D’ici au 8 novembre, la plus folle campagne électorale depuis l’après-guerre pourrait encore réserver des surprises.

Publicité