Europe

L'effet Trump va-t-il gagner l'Autriche?

L'élection présidentielle pourrait voir accéder à la tête de l'Etat un représentant de l'extrême droite dans un même rejet des «élites» classiques.

La victoire de Donald Trump aura-t-elle une influence sur l’élection présidentielle autrichienne qui se tiendra dimanche? Difficile à dire. Mais les deux candidats, au coude à coude dans les sondages, en font un argument de campagne. Pour Norbert Hofer, représentant du Parti de la liberté (FPO), une formation d’extrême droite dont le principal combat est la lutte contre l’immigration, le message venu des Etats-Unis est clair: le peuple veut le retour des frontières. A l’inverse, le candidat indépendant soutenu par les Verts, Alexander Van der Bellen, en appelle au sursaut républicain pour éviter le scénario américain.

«Il y a des deux côtés une récupération, estime le politologue Peter Filzmaier, professeur à l’Université du Danube de Krems. Le FPO raconte aux médias qu’il existe des raisons identiques de voter pour les soutiens de M. Trump et de M. Hofer. Cela devrait donc jouer en sa faveur. M. Van der Bellen, pour sa part, met en garde: «Voyez ce qui se passe si vous restez à la maison». La leçon de la défaite d’Hillary Clinton devrait faciliter la mobilisation de ses électeurs.»

Une première en Europe

Voici près d’une année que la course à la présidence autrichienne a été lancée. En mai dernier, Alexander Van der Bellen avait été élu avec un écart de 30 000 voix. Après un recours de son concurrent, validé par la Cour constitutionnelle, les Autrichiens doivent à nouveau se prononcer. En élisant Norbert Hofer, ils créeraient un précédent: pour la première fois un pays de l’Union européenne serait présidé par l’extrême droite.

Si l’effet Trump est impossible à mesurer, les mêmes ressorts qui ont permis son succès sont à l’oeuvre en Autriche. Le pays se porte plutôt bien sur le plan économique, mais la peur du déclassement et d’une immigration trop importante pousse ses habitants au repli identitaire. Avec un même rejet des «élites» instrumentalisé par un parti national-populiste. C’est ainsi que les candidats des deux grands partis traditionnels, les conservateurs et les sociaux-démocrates qui gouvernent ensemble au sein d’une coalition, avaient été sèchement écartés lors du premier tour de la présidentielle, en avril dernier.

Climat contre les élites

«Il y a clairement un climat contre les élites en Autriche, poursuit Peter Filzmaier. La seule question est de savoir si cela suffira à réunir 50% des électeurs plus un vote… C’est pourtant étrange car le candidat qui pourrait en bénéficier, M. Hofer, est un haut cadre de son parti depuis plus de dix ans et il est un des présidents du Conseil national. Il fait donc partie des élites politiques.»

Malgré une longue carrière de parlementaire, Alexander Van der Bellen, un professeur d’économie, pourrait davantage jouer la carte du président hors système. Mais le ralliement à sa candidature de nombreuses personnalités de la gauche, du monde intellectuel et du spectacle – à l’exemple de Conchita Wurst, une drag-queen qui avait remporté le concours eurovision de la chanson en 2014 – devrait au contraire accentuer le clivage entre ceux qui se considèrent comme les «vrais Autrichiens» et les «élites urbaines».

L’alerte d’une survivante de l’Holocauste

La signature par des personnalités du camp conservateur d’un manifeste pour barrer la route à Norbert Hofer ne devrait pas davantage changer la dynamique du scrutin. «Ce sont pour la plupart d’anciens politiques qui sont vus par les électeurs de M. Hofer comme faisant partie des élites politiques à l’ancienne. Cela pourrait même servir la communication du FPO qui peut dire «voyez, le système est contre nous, mais le peuple est de notre côté».»

Cette fin de campagne est marquée par la nervosité, à l’image du débat télévisé entre les deux candidats dimanche soir. Les deux camps s’accusent mutuellement de vandalisme à l’encontre de leurs affiches. La dernière sensation de cette présidentielle est toutefois l’intervention d’une survivante de l’Holocauste, qui se fait appeler Gertrud, dans une vidéo déjà vue par 2,8 millions de personnes. La dame qui approche les 90 ans explique que ce sera sans doute la dernière fois qu’elle votera. Norbert Hofer, dit-elle, «fait ressortir le pire des gens»: «Ce qui me dérange le plus c’est le fait de nier les autres et la tentative de faire remonter les sentiments les plus bas du peuple au lieu de leur décence».

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