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François Hollande, quinquennat de plomb


Un chômage persistant, des ministres turbulents, des attentats d'une violence inédite, une situation internationale très tendue, une communication aléatoire et de la malchance, aussi: la présidence de François Hollande a accumulé les handicaps

  • Election de François Hollande

    Le socialiste est élu avec 51,6% des voix face à Nicolas Sarkozy. Le soir, ses partisans se réunissent à la Bastille, en un remake du 10 mai 1981. Jusqu'ici, tout va bien. 

  • Un gouvernement compliqué

    C'est une richesse du gouvernement de Jean-Marc Ayrault: il est divers, couvrant plusieurs courants du PS, synthèse socialiste oblige. C'est aussi une de ses faiblesses à venir. La réforme pénale par exemple va opposer le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, tenant d'une ligne dure, et Christiane Taubira, l'atypique ministre de la Justice. La question de l'aéroport de Nantes ou les baisses de charges pour les entreprises vont aussi créer d'importantes tensions intra-gouvernementales.

    Lire: Hollande-Ayrault, un duo qui veut réconcilier les Français
  • La promesse d'inverser la courbe du chômage, un boulet

    Sur TF1, François Hollande reprend son engagement de campagne: il fera baisser le chômage d'ici un an. Une promesse dont il fera ensuite une condition à remplir pour candidater à un deuxième mandat. Une promesse que le président traînera comme un boulet pendant tout son quinquennat. Sur toute l'année 2016, l'Insee mesure une baisse du taux de chômage de 0,4%, descendu à 9,7%; mais sur l'ensemble du quinquennat on compte plus d'un million de chômeurs supplémentaires. Le chômage reste massif, avec 3,48 millions de sans emploi, et 324 000 personnes en formation.

    Lire: Les promesses toujours hasardeuses de François Hollande
  • Un rapport pas très sain avec les médias

    Sous les ors de l'Elysée, le président met en actes sa promesse de transparence sur son action. Pendant cinq ans il va multiplier rendez-vous officiels et «off the record» avec les médias, pour s'expliquer, se justifier. Une communication tous azimuts qui se retournera bientôt contre lui, accusé de trop parler et de ne pas assez en faire. Sa courbe de confiance est tombée sous les 50% en octobre; elle descendra sans discontinuer jusque décembre 2016, hormis une courte rémission durant les attentats de janvier 2016.  La publication de «Un président ne devrait pas dire ça» en octobre 2016, qui recense 61 conversations avec le président, déclenchera la fureur de plusieurs ministres et personnalités de la gauche,

    Lire: François Hollande finit par lasser même les journalistes (24.08.2016)
  • Une opération française au Mali réussie, mais sans incidence

    Devant la poussée djihadiste au Nord Mali, François Hollande engage en quelques heures l'armée française dans l'opération Serval. «Je viens probablement de vivre la journée la plus importante de ma vie politique» déclare le président français en visite à Bamako, le 2 février. C'est un succès: en moins de trois mois, les jihadistes sont mis en déroute et leur sanctuaire nord-malien anéanti. Mais cette réussite sur un terrain d'opérations extérieures n'a pas d'incidence sur la popularité de François Hollande dans l'Hexagone, où 35% de la population seulement lui fait désormais confiance.

  • Les mensonges destructeurs de Jérôme Cahuzac

    Le ministre délégué au budget, accusé depuis décembre 2012 par le site Mediapart d'avoir détenu un compte en Suisse, finit par démissionner et reconnaître les faits, après avoir pendant trois mois juré de son innocence dans les médias et même devant l'Assemblée nationale – François Hollande dénoncera ensuite un «outrage fait à la République». L'affaire affaiblit le pouvoir exécutif, soupçonné d'avoir protégé le ministre. Vont suivre une série de mesures sur la transparence de la vie publique et la lutte contre la grande délinquance financière.

    Lire: Le quinquennat Cahuzac
  • Le mariage pour tous contre la Manif pour tous

    Des centaines de milliers d'opposants au mariage homosexuel déferlent dans Paris, un baroud d'honneur alors que la loi Taubira a été adoptée le 23 avril. La France s'est déchirée sur le mariage pour tous, qui a fait descendre dans la rue des groupes qui n'en avaient pas l'habitude. L'économie ne va pas bien, et les sujets de société deviennent très clivants.  

    Lire: Pour la presse française, à l’exception de «La Croix», la Manif pour tous…
  • La volte-face sur la Syrie, après la volte-face américaine

    Au Liban, dans une école de réfugiés syriens, avril 2016.

    En août 2013, François Hollande veut «punir» le régime du président Bachar al-Assad, accusé d'avoir utilisé des armes chimiques contre son peuple. Mais le président français, bien décidé,  doit se raviser quand son homologue américain Barack Obama renonce à le suivre, alors que la «ligne rouge» a bien été franchie. Sur le dossier syrien, Paris va vite se trouver un peu seul à défendre l'idée qu'il faut avant tout et à tout prix faire partir le dirigeant syrien. Ce n'est qu'à l'automne 2015 que la France mènera ses premiers raids au sein d'une coalition internationale anti-EI. En Irak, la France mène raids et missions de renseignement contre l'EI depuis septembre 2014. Autant de théâtres d'opérations extérieures qui ont peu de poids sur la scène intérieure et qui ne font pas avancer la cause du président.

  • Le camouflet Leonarda

    L'expulsion d'une collégienne Rom, que la police a embarquée dans son école, et de sa famille vers le Kosovo provoque un esclandre national. A ceux qui veulent faire respecter la loi s'opposent ceux qui veulent plus de mansuétude vis-à-vis des enfants scolarisés. Vision légaliste et vision humaniste s'opposent. François Hollande intervient à la télévision pour défendre l'administration et proposer à la jeune fille, et à elle seule, de revenir. Ce que Leonarda refuse. Indécision caricaturale, communication désastreuse, flottement sur les valeurs traditionnelles de la gauche: l'affaire est dévastatrice pour le président français.

    Lire: Leonarda: l’exécutif bousculé, mais les Français soutiennent Manuel Valls
  • François, Valérie et Julie: vaudeville tragique à l'Elysée

    Quatre jours après cette photo prise avec Valérie Trierweiler, sa compagne officielle, le magazine Closer révèle une relation cachée entre François Hollande et la comédienne Julie Gayet. Les détails fourmillent, des croissants qu'il se fait apporter le matin aux rendez-vous nocturnes en moto. C'est la risée. Le 25 janvier le président annonce officiellement la fin de sa «vie commune» avec Valérie Trierweiler. Les réseaux sociaux se gaussent, la fonction présidentielle une fois de plus est ridiculisée. Le vaudeville ressurgira par épisodes pendant tout le quinquennat avec la publication du livre «Merci pour ce moment» par la compagne trahie, et des tweets vengeurs.

    Lire: Valérie Trierweiler publie un livre en forme de règlement de compte (03.0…
  • Sortir de l'ornière et faire entrer Manuel Valls à Matignon

    Prenant acte de résultats désastreux aux élections municipales, François Hollande, dont la cote de confiance est tombée à 20%, remanie son gouvernement et nomme Manuel Valls à Matignon, un homme plus jeune et plus décidé que Jean-Marc Ayrault - et que François Hollande.  Il promet aussi des baisses d'impôts pour 2017 à des Français qui ont pris de plein fouet les augmentations d'impôts depuis le début du quinquennat, destinées à réduire le déficit budgétaire, un des 60 engagements de François Hollande. Les Français payaient 60 milliards d'impôt sur le revenu en 2012, ils en paieront 72 cette année. 

  • «Un ministre ça se tait ou ça démissionne», version 2014

    La gauche du PS est de plus en plus frondeuse et conteste les orientations économiques du gouvernement, qui refuse une politique de relance par le déficit et préfère négocier avec le patronat des accords comme le pacte de compétitivité (2012) ou le pacte de responsabilité (2014). Manuel Valls, lui, ne tergiverse pas et renvoie trois ministres récalcitrants: Arnaud Montebourg à l'économie, Benoît Hamon à l'éducation et Aurélie Filippetti à la culture. Les trois ex ministres continueront à pilonner le gouvernement pendant le reste du quinquennat, tandis qu'Emmanuel Macron fait sensation en devenant ministre de l'Economie.

    Lire: Arnaud Montebourg, l'écueil de gauche
  • Le choc des attentats contre Charlie Hebdo, à Montrouge et à Vincennes

    La France retrouve un temps son unité après les attentats djihadistes des 7, 8 et 9  janvier. Le 11, plus de 3,7 millions de personnes défilent dans la rue. Cinquante chefs d'Etat ont fait le voyage de Paris pour manifester leur solidarité avec les Français. Après avoir montré dignité et compassion dans ses discours, et affiché sa détermination à ne stigmatiser personne mais à poursuivre sans pitié les assassins, François Hollande reprend des couleurs dans les sondages, pour la première fois en trois ans.

  • Nouvelle vague d'attentats

    Au Bataclan, sur les terrasses de plusieurs cafés, devant le stade de France à Saint-Denis: une série d'attaques coordonnées tue 130 personnes. François Hollande décrète l'état d'urgence, la gauche se déchire sur les mesures à prendre, la suspicion se généralise, l'économie touristique encaisse le coup:  les attentats atteignent durablement le tissu social français. La ministre de la Justice Christiane Taubira, érigée en conscience des socialistes, opposée à la déchéance de nationalité pour les binationaux, finit par démissionner en janvier 2016 «sur un désaccord politique majeur». C'est sur cet unique point d'ailleurs que François Hollande a dit avoir des regrets, dans son allocution de départ. Les débats reprendront de plus belle après l'attentat de Nice, le 14 juillet 2016.

    Lire: Après l’Amérique, la France à l’épreuve
    Lire: Pourquoi l'attentat de Nice est (peut-être) en train de changer la France
  • La loi Travail adoptée dans la contestation

    Après des mois de manifestations parfois violentes, après la brouille avec les syndicats criant à la mort de l'égalité de tous devant la loi et après la moue des employeurs trouvant que le texte ne va pas assez loin, la loi el Khomri est adoptée. A coups de votes bloqués, en utilisant le «49.3», en forçant l'Assemblée. L'amertume est profonde chez les militants de gauche. Alors que François Hollande avait commencé son quinquennat en imposant la Mutuelle pour tous, en réformant la formation professionnelle et en modernisant le dialogue social, il est désormais brouillé avec les syndicats, alliés historiques de la gauche. 

  • Enième coup de grâce: la démission d'Emmanuel Macron

    Après avoir pendant des mois multiplié déclarations provocatrices et critiques à peine voilées du gouvernement auquel il appartient, après avoir lancé son propre mouvement, «En marche», le ministre de l'Economie, 38 ans, reprend sa liberté. C'est un échec pour François Hollande.

    Lire: Emmanuel Macron, la voie étroite pour l’Elysée
  • La démission finale

    Les confessions-confidences de François Hollande à deux journalistes du Monde, dans «Un président ne devrait pas dire ça», sorti en octobre, achèvent de ruiner sa crédibilité. Entre les citoyens qui s'offusquent qu'il ait trouvé important de les recevoir une soixantaine de fois tout en dirigeant un pays chahuté, et les ministres scandalisés qui hurlent à la trahison politique, le président est la cible de toutes les critiques. Le dernier coup de sonde de la Sofres est sans appel: seuls 11% des Français font désormais confiance à François Hollande. Un score historiquement bas. Le 1er décembre, tirant les conséquences de son impopularité et de ses faibles chances de l'emporter en 2017, le président en poste annonce qu'il ne postulera pas à sa succession. C'est la première fois sous la Ve République. 

    Lire: François Hollande, le président pris au piège des journalistes
    Lire: François Hollande, le président qui a osé renoncer
    Lire: Pourquoi le renoncement présidentiel de François Hollande est historique

Texte: Catherine Frammery. Toutes les images proviennent de l'AFP. Les chiffres proviennent de la Sofres et de l'Insee.