Etats-Unis

Un ami de la Russie à la tête de la diplomatie américaine

Rex Tillerson, le PDG du géant pétrolier ExxonMobile, sera le nouveau Secrétaire d’Etat. Des voix s’élèvent déjà au Sénat pour lui barrer la route, alors que les récentes révélations de la CIA sur l’ingérence russe embarrassent

Il a reçu, en 2013, la décoration russe de l’Ordre de l’Amitié des mains de Vladimir Poutine. Le voilà nommé Secrétaire d’Etat par le président élu Donald Trump. Rex Tillerson, 64 ans, PDG du géant pétrolier ExxonMobil, est l’homme qui dirigera la diplomatie américaine. Très attendue, cette nomination intervient alors que Donald Trump amorce un rapprochement avec Moscou. Et surtout en plein séisme politique provoqué par des révélations du Washington Post, selon lesquelles un rapport secret de la CIA atteste que l’ingérence de proches du gouvernement russe dans la présidentielle américaine avait bien pour but de faire élire le milliardaire new-yorkais.

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C’est donc un ami de la Russie, sans expérience gouvernementale, qui a fini par être nommé Secrétaire d’Etat, succédant ainsi au démocrate John Kerry. Le Kremlin a rapidement réagi à sa nomination en le qualifiant de «professionnel» et évoquant «de bonnes relations de travail» avec Vladimir Poutine. Rex Tillerson, a non seulement conclu de juteux contrats avec la Russie, et notamment avec Rosneft, plus grand producteur de pétrole russe, mais il a au fil du temps tissé une relation privilégiée avec le chef d’Etat russe. Il s’est d’ailleurs publiquement prononcé contre les sanctions prises contre Moscou après la crise ukrainienne. Des sanctions qui gèlent plusieurs de ses projets, dont des explorations pour du pétrole de schiste en Sibérie occidentale et dans la Mer noire, contrats pouvant potentiellement générer 500 milliards de dollars selon des médias américains.

Pour Donald Trump, Rex Tillerson est l’homme de la situation pour normaliser les relations avec Moscou mises à mal par l’annexion de la Crimée et le conflit syrien. «En tant que secrétaire d’Etat, il sera un avocat ferme et lucide des intérêts nationaux vitaux de l’Amérique et il aidera à changer des années de mauvaise politique étrangère et d’actions qui ont affaibli la sécurité et la place de l’Amérique dans le monde», souligne le président élu, dans le communiqué annonçant sa nomination.

«Saper les intérêts américains»

Des oppositions au Congrès sont déjà prévisibles, des élus républicains, échaudés par les révélations de la CIA, ayant ouvertement exprimé leur désapprobation. Or le dernier mot, s’agissant de cette nomination, revient au Sénat. Parmi les plus virulents, le sénateur républicain John McCain, qui n’a pas hésité, sur CNN, à qualifier Vladimir Poutine de «voyou» et d'«assassin», ajoutant qu’il ne voyait pas «comment on peut être l’ami d’un ancien agent du KGB». Lundi, le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, avait clairement déclaré: «l’intervention de la Russie dans notre élection est particulièrement problématique car, sous le président Poutine, la Russie a été un agresseur, constamment en train de saper les intérêts américains».

Mais si certains votes de mauvaise humeur pourraient se manifester, le risque d’une non-confirmation du choix du président reste minime. Le dernier cas remonte à 1989, avec l’échec du républicain John Tower, que George W. Bush voulait comme Secrétaire à la défense. Rex Tillerson bénéficie d’ailleurs de l’appui de personnalités de poids, parmi lesquelles Condoleeza Rice, secrétaire d’Etat sous George W. Bush, ou l’ex vice-président Dick Cheney.

Rapports tendus avec la Chine

Classé à la 25e place des personnalités les plus puissantes du monde selon le magazine Forbes, Rex Tillerson est le premier Secrétaire d’Etat venant du secteur privé, sans aucune expérience politique. Il a fait toute sa carrière chez ExxonMobil, entreprise présente dans 50 pays, en gravissant les échelons depuis simple ingénieur jusqu’à PDG, poste qu’il occupe depuis dix ans. Il y travaille depuis 41 ans.

Parmi les dossiers sensibles que le Texan aura rapidement à gérer, figure celui des relations avec la Chine. Donald Trump a multiplié les attaques ces jours, avec des messages de soutien à Taiwan. Mardi, Pékin a lancé une sévère mise en garde en soulignant que toute personne qui menacerait les intérêts de Pékin à Taïwan «soulèverait un rocher qui lui écraserait les pieds». C’est lui aussi qui dessinera la future politique climatique américaine.

Ces dernières semaines, plusieurs noms avaient été évoqués pour occuper ce prestigieux poste de l’administration américaine. Il y a d’abord eu Rudy Giuliani, ex-maire de New York, qui faisait figure de grand favori, avant d’annoncer son retrait. Puis John Bolton, ancien ambassadeur des Etats-Unis auprès des Nations unies, ou l’ex-patron de la CIA, David Petraeus. Enfin, Mitt Romney, ancien gouverneur du Massachusetts, candidat malheureux à la présidentielle de 2012, et surtout leader du mouvement «Never Trump», qui a annoncé lundi qu’il n’était plus dans la course. Le nom de Rex Tillerson n’est apparu qu’il y a quelques jours.

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