Etats-Unis

Ingérence russe: Barack Obama évoque des représailles

Le président américain hausse le ton face à Moscou. La transition entre Barack Obama et Donald Trump, qui vient de nommer un pro-russe à la tête de la diplomatie américaine, se complique

La tension monte d’un cran entre Washington et Moscou, à quelques jours de l’investiture officielle de Donald Trump. Critiqué pour avoir trop attendu, en plein séisme politique, Barack Obama est sorti de sa réserve à propos de l’affaire de l’ingérence russe dans la présidentielle américaine. Juste avant de partir en vacances à Hawaï, il a évoqué, vendredi, des représailles contre Moscou, lors sa dernière conférence de presse comme président des Etats-Unis, en restant évasif sur leur nature. Sa marche de manœuvre reste toutefois limitée, à cinq semaines de quitter la Maison-Blanche.

Washington met directement Vladimir Poutine en cause dans l’affaire des piratages informatiques. Un rapport secret de la CIA, révélé par le Washington Post, assure que l’ingérence de Moscou dans la campagne présidentielle avait bien pour but d’aider Donald Trump à se faire élire. Ce dernier a toujours balayé l’accusation, et Moscou parle d'«indécence», aucune preuve concrète n’ayant pour l’instant été apportée. La question de savoir si ces cyberattaques ont bien pu avoir influencé le résultat du scrutin, et si oui, à quel point, demeure. Et divise les spécialistes.

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Représailles annoncées par Barack Obama

Barack Obama a été très clair, vendredi, en rappelant toute la chronologie de l’affaire: «J’avais demandé, en septembre, à Vladimir Poutine de cesser les cyberattaques et l’avais averti qu’il pourrait y avoir des conséquences sérieuses». Il s’est dit déterminé à envoyer un «message clair» à Moscou. Barack Obama a encore ajouté que «pas grand chose ne se passe en Russie sans l'aval de Vladimir Poutine»: «Nous avons dit et je le confirme que la décision s'est prise au plus haut niveau du gouvernement russe». Citant un sondage selon lequel 37% des républicains américains, habituellement hostiles à la Russie, approuvaient la politique de Vladimir Poutine, il a eu ces mots: «Ronald Reagan doit se retourner dans sa tombe. Comment a-t-on pu en arriver là?». Une conférence de presse qu'il a interrompue pendant quelques secondes en raison d'un malaise dans la salle: il a appelé son médecin. 

Le président avait déjà laissé entendre, dans un entretien à la radio NPR diffusé vendredi mais dont des extraits ont été rendus publics jeudi soir, qu’il ne resterait pas sans rien faire. «Il est clair que si un gouvernement étranger, quel qu’il soit, tente d’entacher l’intégrité de nos élections, alors nous devons agir», a-t-il souligné. Il a précisé que des représailles seraient explicites et publiques, mais d’autres «peut-être pas». Hillary Clinton a de son côté également pointé du doigt le chef d’Etat russe.

Plusieurs analyses sont en cours au sein des différentes agences de renseignement. Le Congrès devrait également lancer ses propres enquêtes sur le rôle de la Russie, comme exigé par d’influents républicains. Seule chose de sûre pour l’instant: des dizaines de milliers d’e-mails émanant du Comité national démocrate, et de l’ex-directeur de campagne d’Hillary Clinton, John Podesta, ont été volés puis livrés à Wikileaks et rendus public, contribuant ainsi à parasiter le message de la candidate démocrate.

Réaction de Trump sur Twitter

«Si la Russie, ou toute autre entité, faisait du piratage, pourquoi la Maison Blanche a-t-elle attendu si longtemps pour agir? Pourquoi ne se sont-ils plaints qu’après la défaite d’Hillary?», a réagi, jeudi, Donald Trump via son compte Twitter. La Maison Blanche avait pourtant déjà pointé Moscou du doigt le 7 octobre, un mois avant l’élection. En se basant sur les affirmations de la Direction du renseignement américain et du ministère de la Sécurité intérieure.

Donald Trump, qui ne cache pas vouloir amorcer un rapprochement avec Moscou, a de nouveau tweeté vendredi, son moyen de communication privilégié. Alors que l’affaire est grave, la légèreté de son message, où il souligne qu’Hillary Clinton aurait, grâce aux cyberattaques, obtenu les questions d’un débat télévisé, a de quoi surprendre.

Trump désavoue la CIA

Surtout, le président élu n’a pas hésité à jeter l’opprobre sur la CIA, avec laquelle il devra pourtant collaborer étroitement. Il ne nie pas seulement l’accusation selon laquelle les Russes ont tenté de le favoriser, mais le fait même que des proches de Moscou aient perturbé l’élection présidentielle par du piratage informatique, fait qu’il reste presque un des seuls à contester. Selon le Washington Post, le FBI vient d’ailleurs de se ranger aux conclusions de la CIA sur cette interférence de la Russie dans l’élection américaine, ce qui isole encore davantage Donald Trump.

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Ces annonces de représailles interviennent alors que la chaîne CBS vient de révéler que le Pentagone a été victime d’une grave cyberattaque russe en 2015. Elles sont surtout rendues publiques alors que les grands électeurs doivent confirmer, lundi, l’élection de Donald Trump. Une fois officiellement investi, ce dernier pourrait décider d’annuler les représailles voulues par Barack Obama, sans trop se soucier des accusations de trop grande proximité avec le pouvoir russe. Ces liens provoquent de vives divisions au sein du clan républicain. Mais cela n’a pas empêché Donald Trump de nommer Rex Tillerson, à la tête de la diplomatie américaine, un «ami de la Russie» qui s’est publiquement prononcé contre les sanctions prises contre Moscou après la crise ukrainienne.

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