Etats-Unis

Ivanka Trump, la fille, pourrait jouer le rôle de première dame

La fille de Donald Trump s’apprête à déménager à Washington. Ses frères, également très impliqués dans la transition présidentielle, sont accusés de vouloir monnayer l’accès au président élu. Une «family affair» dérangeante?

Ivanka Trump, future First Lady la plus puissante du monde? C’est en ces termes que plusieurs médias américains parlent d’elle. Fille adorée du président élu, elle est au cœur de spéculations. On lui prête notamment l’intention d’occuper un bureau à la Maison-Blanche, information en partie démentie par l’équipe de transition. Ce qui est en revanche sûr, c’est qu’elle et son mari Jared Kushner, promoteur immobilier à succès très proche de son beau-père, cherchent un appartement à Washington. D’ailleurs, selon Luxury Listings, un appartement du couple, au numéro 502 de Park Avenue, à Manhattan, est déjà en vente. Un trois-pièces de 140 m2 proposé pour 4,1 millions de dollars.

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Il n’en fallait pas plus pour éveiller les soupçons. Et si c’était elle la future première dame? Ivanka, 35 ans, comme ses frères Donald Jr et Eric, a été omniprésente pendant la campagne de son père. Après l’élection également. Elle fait partie de l’équipe de transition chargée de composer l’administration Trump. Elle était présente lors du premier entretien entre Donald Trump et un dirigeant étranger, en l’occurrence le premier ministre japonais Shinzo Abe. Là aussi, lors de la conversation téléphonique avec le président argentin Mauricio Macri. Elle a également assisté, comme ses frères, à la récente réunion avec les patrons de la Silicon Valley.

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Un fort contraste avec la belle-mère

Le contraste avec Melania Trump, l'épouse du président élu, est saisissant. Toutes deux sont calmes et posées. Mais Melania Trump, qui n'est pas la mère biologique d'Ivanka, est plus effacée. Elle n’a tenu que deux discours pendant la campagne – dont celui où elle a plagié Michelle Obama –, et n’est depuis que l’ombre de son mari. Surtout, elle a fait savoir qu’elle resterait dans la Trump Tower, à Manhattan, en tout cas pendant les premiers mois du mandat présidentiel, pour permettre à leur fils Barron, 10 ans, de terminer l’année scolaire.

Une raison de plus pour interpréter le déménagement d’Ivanka Trump à Washington comme la volonté d’occuper, avec son mari, un rôle important auprès du président des Etats-Unis. D’ailleurs, la dévouée conseillère de Donald Trump, Kellyanne Conway, l’a avoué à demi-mot devant des journalistes: «Je crois que nous bénéficierions énormément de leur présence dans l’administration si cela est possible.»

Le cas Eleanor Roosevelt

Son rôle semble d’autant plus se préciser que désormais Donald Trump ne la cite plus s’agissant de la reprise de son empire financier. Le milliardaire a annulé une conférence de presse le 15 décembre, mais a confirmé dans un communiqué vouloir confier les rênes de la Trump Organization à ses deux fils. Sans mentionner Ivanka. Tous les trois sont pourtant vice-présidents de l’entité. «Même si la loi ne m’y oblige pas, je vais abandonner mes affaires avant le 20 janvier pour pouvoir me concentrer sur la présidence. Deux de mes enfants, Don et Eric, plus des cadres, les dirigeront. Aucun nouveau contrat ne sera passé durant mon (mes) mandat(s)», a également tweeté Donald Trump le 12 décembre.

Jusqu’ici, la femme d’affaires et ancien mannequin a plutôt fait profil bas, se qualifiant de «fille avant tout». Elle se dit ni vraiment républicaine, ni démocrate. En 2007, elle avait fait un don pour la campagne de Hillary Clinton. Comme son père, d’ailleurs. Ivanka, c’est un peu l’image sage et rassurante du clan Trump.

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Comme le rappelle le Washington Post, les First Ladies n’ont pas toujours été les épouses des présidents. Martha Jefferson Randolph, fille de Thomas Jefferson (1801-1809), l’a par exemple été en raison de la mort prématurée de sa mère. Rose Cleveland était la First Lady de son frère Grover Cleveland (1885-1889 et 1893-1897) jusqu’à ce que ce dernier se marie. Ou encore: Susan Ford a été momentanément première dame, à l’âge de 17 ans, pendant la première réception diplomatique du président Gerald Ford (1974-1977), la First Lady en exercice se remettant d’une mastectomie. Dans le cas d’Ivanka, ce serait un peu différent, la vraie première dame étant en mesure d’exercer sa fonction. Différent, mais pas impossible. D’ailleurs, Eleanor Roosevelt avait pendant plusieurs années préféré conférer ce rôle à sa fille, alors qu’elle était parfaitement en mesure de le tenir.

Des risques de conflits d’intérêts

En raison de la loi anti-népotisme américaine, ni Ivanka ni Jared Kushner ne devraient toutefois obtenir de titre officiel. Et les risques de conflits d’intérêts sont déjà pointés du doigt. Ivanka a été critiquée pour avoir fait la promotion d’un des bijoux de sa marque – un bracelet à 10 000 dollars – après l’avoir porté lors de la première interview télévisée post-élection de son père. Elle a été soupçonnée de profiter du podium présidentiel pour faire fructifier ses affaires.


Les frères vendent des places pour l’investiture

Depuis lundi, ce sont ses frères qui sont dans le viseur des médias, accusés de monnayer l’accès à leur père. Le Center for Public Integrity, une plateforme de journalisme d’investigation, a relevé qu’ils sont derrière une toute nouvelle fondation caritative qui propose, pour des sommes allant jusqu’à 1 million de dollars, de drôles d’offres pour le week-end de l’investiture: participer à une réception privée avec Donald Trump «avec possibilité de photo», ou à des parties de chasse et de pêche avec les fils. Sans précision quant aux œuvres caritatives qui bénéficieraient des généreuses sommes récoltées.

Mardi soir, l’équipe de transition a jugé nécessaire de préciser, dans un communiqué, qu’il s’agissait de «concepts initiaux qui n’ont pas encore été approuvés par la famille», et que les deux frères n’étaient «impliqués en aucune manière». Il ne serait pas surprenant de voir bientôt leurs noms disparaître des documents officiels (ndlr, c'est bien ce qui s'est passé: CNN l'a confirmé quelques heures plus tard).

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