Proche-Orient

Colonies: la rage de Netanyahou contre l’ONU

Le premier ministre israélien a convoqué les ambassadeurs de pays membres du Conseil de sécurité après le vote condamnant la colonisation dans les territoires palestiniens. Il en veut au président Barack Obama, dont le pays s’est abstenu

Un vent de panique accompagne les pluies qui s’abattent sur Jérusalem. Car Benyamin Netanyahou et ses principaux ministres sont persuadés qu’ils n’en ont pas fini avec le Conseil de sécurité. Et qu’après avoir voté vendredi dernier la résolution 2334 appelant leur pays à «cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation en territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est», cet organe de l’ONU va poursuivre sur sa lancée en votant d’autres résolutions destinées à paralyser l’action israélienne en Cisjordanie.

Le jour de Noël, Benyamin Netanyahou, qui est également ministre des Affaires étrangères, a fait convoquer les ambassadeurs de 10 des 14 pays membres du Conseil de sécurité ayant voté pour le texte pour les sermonner. Il a d’ailleurs reçu l’ambassadeur américain Daniel Shapiro pendant quarante minutes pour lui faire part de ses récriminations envers Barack Obama, qui aurait, selon lui, «trahi l’amitié israélienne» en refusant de mettre un veto américain au vote du Conseil de sécurité.

Camouflet majeur

De fait, la résolution 2334 apparaît comme un camouflet diplomatique majeur pour l’Etat hébreu et pour son premier ministre, qui s’était jusqu’alors toujours vanté de «savoir comment s’y prendre avec les Américains et avec l’ONU». Vexé, Benyamin Netanyahou multiplie donc les mesures de représailles, parmi lesquelles le rappel d’ambassadeurs israéliens et l’annulation de visites de chefs de gouvernement étrangers.

Dans cette optique, le chef du gouvernement israélien pose également des défis destinés à démontrer que son pays ne respectera pas la résolution 2334. A l’occasion de Hanoukka (la fête des lumières), il s’est ainsi rendu au mur des Lamentations, dans la vieille ville de Jérusalem conquise par l’armée israélienne en juin 1967 (guerre des Six-Jours), pour y allumer une bougie et haranguer la foule. «Si l’on en croit l’ONU, le principal lieu saint du peuple juif et le quartier qui le jouxte sont des territoires occupés, a-t-il asséné sous les applaudissements de fidèles venus prier. Que les membres du Conseil de sécurité pensent ce qu’ils veulent, mais ce n’est pas le cas et ce ne le sera jamais!»

Cependant, en privé, Benyamin Netanyahou est beaucoup plus préoccupé qu’il n’y paraît. Afin de ne pas froisser Washington, il a d’ailleurs ordonné aux membres de son gouvernement de ne plus évoquer publiquement les prochains plans de construction massive en Cisjordanie ainsi que les projets d’annexion de certaines parties de la Cisjordanie. Du moins jusqu’à l’entrée en fonction de Donald Trump le 20 janvier prochain.

Conférence à Paris

Que redoute-t-il? «Un nouveau «coup bas» de Barack Obama juste avant que celui-ci ne quitte la Maison-Blanche», affirme l’entourage du leader du Likoud. En effet, depuis plusieurs mois, la France tente d’organiser à Paris une conférence internationale sur la paix au Proche-Orient. Mais Israël, qui affirme «privilégier le dialogue direct avec les Palestiniens plutôt qu’un grand machin», refuse d’y participer. Cependant, plusieurs réunions préparatoires ont déjà été organisées et l’une d’entre elles est prévue le 15 janvier prochain en présence de 28 ministres des Affaires étrangères, dont le secrétaire d’Etat sur le départ John Kerry.

Benyamin Netanyahou et ses ministres sont persuadés que des décisions «anti-israéliennes» seront prises à l’occasion de cette rencontre et que celles-ci prendront la forme d’une résolution du Conseil de sécurité fixant les paramètres pour la création d’un Etat palestinien indépendant. Ce texte serait alors voté avec l’aval de Barack Obama, qui ne mettrait pas non plus de veto américain.

«Aucune raison» de ménager Netanyahou

Crédible? «Au point où nous en sommes, tout est possible, lâche le chroniqueur politique Yoav Krakovsky. En tout cas, le premier ministre israélien et le futur ex-président américain sont à couteaux tirés. Le premier est sur la défensive et le second n’a vraiment aucune raison de le ménager.»

Signe supplémentaire de l’inquiétude israélienne, le ministre de la Défense Avigdor Lieberman, leader du parti Israël notre maison et résident de la colonie de Nokdim (Cisjordanie), a convoqué lundi matin une conférence de presse à Jérusalem pour dénoncer la réunion de Paris comme une «affaire Dreyfus moderne». «Alors qu’il va vers de nouvelles élections, le gouvernement français n’a rien trouvé d’autre à faire que d’organiser la conférence de Paris. Mais ce qu’on prépare là-bas, c’est un nouveau procès injuste lors duquel Israël figurera sur le banc des accusés», a-t-il ajouté, avant d’appeler les juifs de France à émigrer vers son pays.

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