Etats-Unis

Donald Trump maintient la pression sur le renseignement américain

Informé des conclusions du rapport du renseignement sur l’ingérence russe pendant la présidentielle, Donald Trump continue de faire part de son scepticisme. Son conseiller à la sécurité nationale, un ancien patron de la CIA, vient de le quitter

Donald Trump souffle le chaud et le froid sur le renseignement américain dans un contexte hautement sensible après les cyberattaques russes survenues pendant la présidentielle. Vendredi, le président élu a été informé des conclusions du rapport commandé par Barack Obama sur l’ingérence russe. Il a été, un jour après le président sortant, briefé par James Clapper, le chef du renseignement national, les directeurs de la CIA et du FBI, John Brennan et James Comey, et Michael Rogers, patron de la NSA, sur les éléments qui leur permettent de dire que Moscou a délibérément interféré dans le processus électoral pour le faire élire. Des affirmations qu’il a toujours balayées. La ligne de défense de Donald Trump: taper là où ça fait mal. Les services de renseignement n’ont pas toujours brillé par leur efficacité. Le président élu tient à rappeler que les analystes de la CIA parvenus à ces conclusions révélées début décembre par le Washington Post «sont les mêmes que ceux qui disaient que Saddam Hussein disposait d’armes de destruction massive».

Son attitude jusqu’ici a été de jeter le discrédit sur le renseignement américain, en allant jusqu’à dire qu’il n’avait pas besoin des briefings de sécurité quotidiens. Un comportement qui provoque une gêne y compris au sein de son propre camp. Le malaise est palpable chez des élus républicains du Congrès. En cette fin de semaine, c’est par un tweet que Donald Trump a tenté de calmer le jeu en déclarant: «Les médias mentent pour faire croire que je suis contre le renseignement, alors qu’en fait je suis un grand fan.» Un message publié une heure avant l’audition très attendue des chefs du renseignement au Sénat. Parmi eux, James Clapper, qui coordonne l’activité des dix-sept agences de renseignement américaines, dont la CIA, la NSA et le FBI.

Il apporte du crédit à Julian Assange

Pas plus tard que mercredi, le président élu a apporté du crédit au fondateur du site Wikileaks, Julian Assange. C’est sur Wikileaks que des milliers d’e-mails volés au parti démocrate et notamment au directeur de campagne d’Hillary Clinton, John Podesta, ont été publiés. Jeudi, devant le Sénat, James Clapper a été très clair. Il a ouvertement contredit Donald Trump en déclarant qu’il n’accordait aucune crédibilité à Julian Assange, toujours réfugié dans l’ambassade d’Equateur à Londres. Ce dernier assure que les Russes ne lui ont pas transmis d’informations.

L’attitude de Donald Trump sème la zizanie. Il jette le discrédit sur les services de renseignement, doute publiquement de leurs conclusions, puis déclare en être «fan». En début de semaine, il s’était pourtant une nouvelle fois moqué d’eux, en relevant que son briefing a été repoussé d’un jour probablement parce qu’ils n’étaient pas prêts et qu’ils devaient encore «fabriquer un dossier», alors que la Maison Blanche a précisé que le rendez-vous avait toujours été prévu pour vendredi. Selon le Wall Street Journal, Donald Trump serait en train de réfléchir à une refonte des services avec l’intention de restructurer la CIA et de réduire les pouvoirs du bureau du renseignement national, parce qu’il considérerait l’agence comme trop politisée. Mais son porte-parole, Sean Spicer, a rapidement démenti l’information.

Un contexte très particulier

Ces tensions s’inscrivent dans un contexte très particulier. Car, dans les faits, ce sont deux présidents américains, le sortant et celui qui sera officiellement investi le 20 janvier, qui doivent gérer cette complexe affaire. Alors que Donald Trump n’a jamais caché vouloir amorcer un rapprochement avec la Russie, Barack Obama a décidé de prendre des mesures de rétorsion, qui se sont notamment soldées par l’expulsion de 35 diplomates russes. Autre effet collatéral de cette relation très tendue entre Donald Trump et le renseignement: son conseiller à la sécurité nationale, James Woolsey, ancien patron de la CIA sous Bill Clinton, vient de jeter l’éponge et de quitter l’équipe de transition.

Intermédiaires identifiés

Des membres du Congrès ont pu avoir accès vendredi après-midi au rapport complet sur les cyberattaques russes. Une version non classifiée a été rendue public dans la foulée; elle désigne directement Vladimir Poutine comme étant le commanditaire d’une campagne pour faire élire Donald Trump. Jeudi, lors des auditions au Sénat, les responsables du renseignement américain ont déclaré que la Russie constituait une «menace majeure pour le gouvernement, l’armée, la diplomatie, ainsi que les infrastructures commerciales et stratégiques américaines», des propos répétés à Donald Trump vendredi. Pour le sénateur républicain John McCain, ces piratages correspondent ni plus ni moins à des «actes de guerre». Aucun nouvel élément susceptible de prouver l’implication russe n’avait alors été fourni: James Clapper voulait d’abord présenter le rapport à Barack Obama, ce qu’il a fait quelques heures plus tard. Des responsables qui ont eu accès au rapport ont toutefois indiqué à CNN et à la NBC que les intermédiaires qui ont remis les e-mails piratés à Wikileaks auraient été identifiés.

James Clapper a précisé avoir reçu de nombreux messages d’inquiétudes de la part de gouvernements étrangers, en raison des critiques dévalorisantes proférées à l’encontre de ses services. Il part à la retraite et ne travaillera pas pour Donald Trump, ce qui lui permet une certaine liberté de parole. «Il y a une différence entre sain scepticisme et médisance», a-t-il déclaré. L’ancien sénateur de l’Indiana Dan Coats, 73 ans, devrait lui succéder. Il est interdit de séjour en Russie depuis 2014, en représailles aux sanctions américaines prises après l’invasion de la Crimée.

«Une chasse aux sorcières politique»

Vendredi, Donald Trump a une nouvelle fois, quelques heures avant de rencontrer les chefs-espions, critiqué l’attention «excessive» portée aux cyberattaques, qui aurait, dit-il, pour but de l’affaiblir. «La Chine, assez récemment, a piraté 20 millions de noms de l’administration», a-t-il déclaré au «New York Times». «Pourquoi personne n’en parle? C’est une chasse aux sorcières politique». Deux heures après sa réunion, il a publié un communiqué dans lequel il parle de «respect» et de «rencontre constructive». Mais Donald Trump, qui dit vouloir concevoir un plan antipiratage informatique durant les 90 premiers jours de sa présidence, insiste surtout sur le fait que l’ingérence russe «n’a eu aucun effet sur le résultat de l’élection».


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