France

Benoît Hamon, le candidat qui rassure les socialistes

L’ancien ministre socialiste français de l’Education va-t-il créer la surprise lors de la primaire à gauche, comme François Fillon à droite? Le premier débat TV ce soir apportera un début de réponse

Benoît Hamon ne se retrouvera pas, devant les caméras, assis sur un divan aux côtés de l’animatrice de télévision Karine Le Marchand. L’éphémère ex-ministre socialiste de l’Education (avril-août 2014) a refusé l’offre de la présentatrice de l’émission de M6 «Ambition Intime» qui, diffusée avant la primaire de la droite, contribua beaucoup à rendre François Fillon plus populaire.

Motif officiel avancé par le candidat de 49 ans? «Mon chemin est celui de la sobriété, pas celui de la facilité.» Une retenue médiatique que ses détracteurs attribuent aussi aux responsabilités exercées par sa femme au sein du puissant groupe de luxe et de communication LVMH. N’empêche. Depuis son passage réussi dans «L’Emission politique» de France 2 le 8 décembre (faible audience, mais bonne prestation), l’actuel député PS des Yvelines déroute les sondeurs.

«Tacler les «divas» du parti»

Sa popularité auprès des jeunes est réelle. Son complexe d’infériorité par rapport à ses deux adversaires Arnaud Montebourg et Vincent Peillon – hier complices pour la création du Nouveau parti socialiste après la défaite présidentielle de Lionel Jospin en avril 2002 – a disparu. Mieux: la simplicité non feinte de ce Breton, élevé en partie au Sénégal dans le sillage d’un père ingénieur maritime, est devenue un atout: «Si seuls les électeurs traditionnels de la gauche se déplacent pour voter le 22 janvier, Hamon en profitera, juge un cadre du PS. Il rassure. Il n’est pas manipulateur comme Valls, fantasque comme Montebourg, ou ennuyeux comme Peillon. Voter pour lui, c’est tacler les «divas» du parti.»

«Voter pour lui, c’est sortir du psychodrame du quinquennat»

Le scénario Hamon est, sur le papier, improbable. Bosseur, sympa, roué aux manœuvres d’appareils, l’ancien député européen (non réélu à Strasbourg lors de la déroute socialiste de juin 2009) a jusque-là évité l’avant-scène. Au point de renoncer à se présenter à la primaire de 2011. Les médias français se retrouvent donc soupçonnés de le valoriser par défaut, pour éviter de tomber dans le piège du favori désigné d’avance comme cela fut le cas avec Alain Juppé lors de la primaire de la droite.

Sauf que le contexte est tout autre. François Hollande a renoncé à briguer un second mandat présidentiel. Un vide s’est installé. Beaucoup de militants PS, inquiets de la rivalité Valls-Montebourg (l’un social libéral, l’autre souverainiste protectionniste auréolé de ses 17% à la primaire de 2011) cherchent une voie de sortie. «Benoît a juste besoin d’être le plus petit dénominateur commun. Voter pour lui, c’est sortir du psychodrame du quinquennat», nous expliquait en décembre la sénatrice PS Marie-Noëlle Lienemann, qui venait de renoncer à se présenter.

L’anti-Valls et l’anti-Montebourg

Les positions de Benoît Hamon disent surtout les contradictions socialistes. Européen convaincu, il sait que le souverainisme à tous crins de Montebourg est intenable, surtout face aux Allemands qu’il a côtoyés à Strasbourg. Partisan traditionnel du service public, il a compris que d’autres formes de solidarités – comme le fameux revenu universel – méritent réflexion. Défenseur de la libéralisation du cannabis, très branché écologie, il regarde avec intérêt les partis pirates européens et s’est intéressé pour des dossiers comme les dégâts causés par les prêts libellés en francs suisses de certaines banques européennes avant la crise.

François Fillon a profité d’être à la fois l’anti-Sarko et l’anti-Juppé. Le premier débat TV dira, ce soir, si un espace existe à gauche, pour un candidat anti-Valls et anti-Montebourg.


Une primaire à hauts risques

La primaire «citoyenne» organisée les 22 et 29 janvier est la troisième pour le PS qui a introduit ce scrutin en France. Une première avait eu lieu en 2002, remportée par Ségolène Royal contre Dominique Strauss-Kahn. Une seconde s’était tenue à l’automne 2011 remportée par François Hollande contre Martine Aubry.

Sept candidats sont en lice. Quatre socialistes: Benoît Hamon, Vincent Peillon, Arnaud Montebourg et Manuel Valls. Et trois candidats hors PS: les écologistes Jean-Luc Benhamias et François de Rugy, et la radicale de gauche Sylvia Pinel. Les deux mieux placés se retrouveront au second tour.

Trois autres débats prévus

Deux candidats issus de la gauche se présentent hors primaire à la présidentielle: Jean-Luc Mélenchon (Gauche radicale) et Emmanuel Macron (centre)

Après le premier débat télévisé de ce soir sur TF1, trois autres auront lieu. Deux avant le premier tour: les 15 et 19 janvier. Puis un dernier le 25 janvier. Pour mémoire, les débats de la primaire de la droite avaient obtenu une belle audience. Le duel Fillon-Juppé avait été regardé par 8,5 millions de téléspectateurs.

Primaire organisée à la hâte

En France, tous les électeurs inscrits pourront voter. Les Français de l’étranger, tels ceux de Suisse, devaient, eux, s’enregistrer avant le 4 janvier pour voter électroniquement. Il faudra payer un euro à chaque tour, et signer une charte. 7530 bureaux de vote seront ouverts, contre plus de 10 000 pour la droite.

Organisée à la hâte en raison du renoncement tardif de François Hollande à se représenter le 1er décembre, cette primaire aura du mal à rivaliser avec celle de la droite (4,4 millions). En 2011, 2,6 millions de votants avaient voté à la primaire PS. Une participation inférieure à 1,5 million serait une rude défaite.


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