Etats-Unis

Donald Trump se défend en parlant de méthodes dignes de «l’Allemagne nazie»

Donald Trump dément tout chantage de la part de la Russie. Potentiellement explosives, les révélations divulguées par CNN et BuzzFeed provoquent de vives réactions. Et interrogations

A peine les révélations tombées, Donald Trump les a balayées mardi soir, en se disant victime d’une «chasse aux sorcières politique». A son réveil, mercredi matin, il a à nouveau attaqué via Twitter, son moyen de communication favori, à quelques heures de sa première conférence de presse depuis son élection. «Les agences de renseignement n’auraient jamais dû autoriser la fuite de ces fausses informations auprès du public. Un dernier tir qui me vise. Vivons-nous dans l’Allemagne nazie?», a-t-il écrit, après avoir accusé ses «opposants malhonnêtes» de vouloir remettre en question son élection.

L’objet de sa colère: le rapport de 35 pages évoqué mardi par CNN et diffusé par BuzzFeed, qui accréditerait l’hypothèse de liens entre son entourage et le pouvoir russe. En soulignant que Moscou aurait de quoi le faire chanter.

L’affaire met le monde politique américain sens dessus dessous et provoque de vives réactions, alors que le Sénat poursuit ses auditions des ministres et conseillers nommés par Donald Trump. Interrogé par «Morning Joe» sur MSNBC, Reince Priebus, futur chef de cabinet du président élu, a qualifié mercredi le rapport compilé par un ex-agent du renseignement britannique jugé crédible par les services américains, de tissu de mensonges. Donald Trump n’a pas eu de comportement compromettant avec la Russie et son conseiller et avocat Michael Cohen ne s’est pas rendu à Prague pour rencontrer des officiels russes, a-t-il insisté.

«Des gens malades»

La ligne de défense de Donald Trump: se dire victime d’une machination et manipulation destinées à l’affaiblir. Et attaquer les services de renseignement qu’il n’a cessé de dénigrer depuis qu’un rapport de la CIA atteste que l’ingérence russe dans la présidentielle américaine avait pour but de le faire élire. Lors de sa conférence, avant tout destinée à confirmer qu’il remettait son empire financier à ses deux fils aînés, il a répété que les services de renseignement eux-mêmes pourraient avoir «scandaleusement» fait circuler ces «fausses informations», «ce qui nuirait à leur réputation». Il a parlé d’un coup monté de la part d'«opposants politiques», qu’il qualifie de «gens malades».

Moscou a-t-il vraiment des informations compromettantes sur Donald Trump, dont une sex-tape le montrant avec des prostituées dans un hôtel de Moscou en 2013? Un porte-parole de Vladimir Poutine a qualifié ces révélations de «fantaisie absolue». «La Russie n’a jamais tenté de faire pression sur moi. Tout ceci n’est jamais arrivé», a insisté avec vigueur Donald Trump. Il a toutefois admis le rôle de la Russie dans le piratage des e-mails de responsables du parti démocrate. Et a remercié les médias qui n’ont pas publié ces informations sans avoir réussi à en vérifier la véracité.

Un «danger», selon Rex Tillerson

C’est dans cette cacophonie, alors que de nombreux politiciens préfèrent parler au conditionnel tant que l’authenticité du rapport n’a pas pu être clairement établie, que le sénateur républicain John McCain s’est empressé de publier un court communiqué. Il y déclare avoir reçu en fin d’année dernière «des informations sensibles qui ont depuis été rendues public». Et fait savoir que, n’étant pas en mesure de les authentifier, il les a transmises au directeur du FBI.

Evan McMullin, ex-candidat conservateur à la présidentielle et surtout ancien agent de la CIA, rappelle également qu’il avait déjà averti en septembre que Donald Trump pouvait faire l’objet d’un chantage de la part de Vladimir Poutine, ce qui expliquerait sa défense continuelle de Moscou et son «adoration» pour le chef d’Etat russe. Il l’a déclaré à CNN.

Plusieurs des proches nommés par Donald Trump à des postes clés ont des liens étroits avec la Russie. C’est le cas notamment de Rex Tillerson, futur Secrétaire d’Etat, auditionné ce mercredi par le Sénat. Et de Michael Flynn, conseiller à la sécurité nationale. Devant le Sénat, Rex Tillerson, ex PDG d’ExxonMobil, a toutefois reconnu que la Russie représentait un «danger» et que les alliés des Etats-Unis avaient raison d’être «inquiets» de son retour sur la scène internationale. Des propos qui tranchent avec ceux de Donald Trump lors de sa courte conférence. Il s’est montré beaucoup moins critique.

Une publication «scandaleuse et irresponsable»

Donald Trump a laissé son porte-parole Sean Spicer condamner BuzzFeed et sa publication «scandaleuse et irresponsable» du rapport controversé. Devant les médias, le milliardaire a préféré mettre en avant qu’il serait le «plus grand générateur d’emplois que Dieu ait jamais créé». Il s’est aussi vanté d’avoir refusé le week-end dernier un contrat portant sur 2 milliards de dollars avec l’Arabie saoudite, pour prouver qu’il était bien décidé à s’éloigner du monde des affaires pendant son mandat présidentiel.

Mais les récentes révélations ont poussé Brad Sherman, élu démocrate de Californie, à demander à Barack Obama une réunion pour évoquer ces informations compromettantes dont disposerait Moscou. D’autres démocrates insistent pour qu’une enquête bipartite soit lancée.


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