Fuites

Le FBI, qui a fait trébucher Clinton, est le cauchemar de Trump

Quel crédit apporter aux informations, non vérifiées, sur la collusion de Donald Trump avec la Russie? Le FBI détient la réponse. Mais son directeur se mure dans le silence. Il avait fait les gros titres sur l’affaire des e-mails privés d’Hillary Clinton

L’homme qui a précipité la défaite d’Hillary Clinton à l’élection du 8 novembre pourrait désormais tenir le destin de Donald Trump entre ses mains. Cet homme, c’est James Comey, le directeur du FBI, la police fédérale américaine. Le 28 octobre, dans la dernière ligne droite de la campagne électorale, cet ancien républicain nommé par Barack Obama relançait une enquête sur la boîte de messagerie privée utilisée par la candidate démocrate quand elle était secrétaire d’Etat. Ce complément d’enquête n’avait rien révélé de neuf, disait-il ensuite le 6 novembre. Mais le mal était fait, fulminaient les démocrates.

Le FBI est, cette fois, en possession d’informations potentiellement explosives visant Donald Trump. Difficile d’accuser son directeur d’acharnement contre le futur président, quelques semaines après les reproches d’avoir fait trébucher Hillary Clinton. L’intéressé se mure dans le silence. Mardi, soit avant les révélations de CNN et de Buzzfeed, James Comey était auditionné devant le Sénat, particulièrement par des sénateurs démocrates très remontés. «Je ne commente jamais des investigations – existantes ou non – dans une enceinte publique», se défendait-il. Les démocrates lui faisaient remarquer qu’il ne s’était pas privé de le faire à propos des e-mails privés d’Hillary Clinton.

Investigation encore en cours

Quel crédit faut-il donc apporter aux mémos publiés par les médias américains et qui déstabilisent Donald Trump? C’est la question cruciale, dont dépend l’avenir de la présidence Trump. Mais personne ne peut encore y répondre avec certitude. Ces informations sont classifiées et encore apparemment soumises à investigation. Selon le New York Times, qui n’est pas en mesure de confirmer les accusations contenues dans les fameux mémos, le FBI tente toujours d’établir si Moscou détient bien des informations compromettantes sur Donald Trump à même de le faire chanter, notamment une vidéo à caractère sexuel.

Les informations que l’équipe aurait collaboré avec les Russes pour dénigrer Hillary Clinton sont tout aussi explosives, mais demandent également confirmation. Le temps presse pour les services américains, car, après la passation de pouvoirs, c’est ce même Donald Trump qui aura la haute main sur les agences de renseignement.

Les fuites se multiplient

Dans cette transition sous haute tension, ce n’est pas la première fuite issue des services secrets qui jette le doute sur la victoire étriquée du républicain sur Hillary Clinton. Donald Trump a donc beau jeu de dénoncer les démocrates, aux commandes de l’appareil d’Etat, comme mauvais perdants.

Depuis novembre, le rythme des révélations sur un présumé hacking russe du quartier général démocrate s’est accéléré. Les e-mails de responsables du parti égrenés jusqu’à l’élection par Wikileaks – le site pour lanceurs d’alerte a toujours nié être rencardé par Moscou – avaient mis sur la défensive le camp d’Hillary Clinton.

Donald Trump s’était alors réjoui de cette campagne, appelant même en juillet dernier la Russie à publier les e-mails d’Hillary Clinton. Le milliardaire serait objectivement l’un des principaux bénéficiaires de la présumée interférence russe, même s’il est impossible de prouver qu’elle a fait basculer l’élection.

Pas de preuve sur le hacking

Les agences de renseignement ont publié plusieurs rapports sur cette cyberattaque. Elles n’ont pas totalement convaincu et multiplié les couacs, en confondant, par exemple, les noms de domaines de la Suisse et du Swaziland, alors que plusieurs attaques étaient passées par notre pays. Ou en épinglant la télévision Russia Today, qui fait certes de la propagande pour le Kremlin mais qui n’a rien à voir dans le hacking. Bref, aucune preuve incontestable.

Les espions américains se justifient en disant qu’ils ne peuvent pas livrer toutes leurs informations sans compromettre leurs sources. Donald Trump, comme tant d’autres, ne s’est pas privé de rappeler les heures sombres du renseignement américain, comme la publication de preuves fabriquées de l’existence d’armes de destruction massive, qui avait justifié l’invasion de l’Irak en 2003.


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