Mexique

Mexico refuse de payer le «mur de la discorde» voulu par Trump

Le président mexicain souhaite mener des négociations «ouvertes» avec les Etats-Unis. Il a rassuré ses compatriotes en rappelant qu’il veillerait à protéger les flux d’argent

Le président mexicain Enrique Peña Nieto et le président américain élu ont de nouveau affiché leur différend mercredi sur le financement du mur frontalier voulu par Trump, avant d’entamer des négociations – notamment commerciales — qui s’annoncent compliquées.

A neuf jours de l’investiture du milliardaire républicain, le Mexique s’apprête à initier une relation nouvelle, complexe, avec son voisin du nord et principal partenaire commercial.

«Il est évident que nous avons quelques divergences avec le prochain gouvernement des Etats-Unis, comme au sujet du mur que, bien entendu, le Mexique ne paiera pas», a insisté Enrique Peña Nieto devant les ambassadeurs mexicains réunis au palais national.

Quelques heures après la première conférence de presse du président américain élu, le président mexicain a ajouté que son gouvernement mènerait des négociations «ouvertes», où tout serait sur la table, qu’il s’agisse «de sécurité, d’immigration ou de commerce». Mais il a prévenu qu’il n’accepterait rien qui aille contre son pays «et notre dignité en tant que Mexicains».

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Le remboursement du Mexique, une évidence pour Trump

Le coût de la construction d’un mur frontalier – qui pourrait bien n’être au final qu’une barrière selon certains analystes — a été estimé à 25 milliards de dollars. Donald Trump, qui entrera en fonction le 20 janvier, a assuré que les contribuables américains en financeraient la construction, mais que Mexico le rembourserait ensuite.

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«Je pourrais attendre un an et demi, le temps d’achever les négociations avec le Mexique, que nous allons entamer juste après notre entrée en fonction, mais je ne veux pas attendre», a-t-il déclaré. «D’une manière ou d’une autre, et il y a plusieurs façons, le Mexique nous remboursera […], que ce soit à travers une taxe ou un paiement, c’est moins probable que ce soit un paiement» a souligné Donald Trump.

Si le magnat de l’immobilier n’a pas réitéré sa menace de ponctionner les envois d’argent des migrants mexicains installés aux Etats-Unis à leur famille au Mexique, Enrique Peña Nieto a néanmoins tenu à rappeler qu’il veillerait à protéger ce flux d’argent.

La monnaie mexicaine a plongé de 0,9% après la conférence de presse du président américain élu, pour atteindre un nouveau plus bas historique à 22,20 pesos pour un dollar.

Le président mexicain passe à l’offensive

Donald Trump a également renouvelé son engagement d’imposer «une importante taxe frontalière» aux entreprises qui délocalisent, notamment au Mexique.

Le magnat de l’immobilier s’est félicité de l’annonce du constructeur automobile Fiat-Chrysler d’accroître ses investissements aux Etats-Unis, ainsi que de la décision de Ford d’annuler la construction d’une usine au Mexique pour un montant de 1,6 milliard de dollars.

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Si le président Peña Nieto a indiqué que le Mexique était prêt à discuter du traité de libre-échange Aléna, il a souligné que son gouvernement s’opposerait à toute tentative d’influencer les investisseurs étrangers «par la peur ou les menaces».

Passant à l’offensive, Enrique Peña Nieto a également adressé ses propres requêtes au futur gouvernement américain, lui demandant de stopper le trafic illégal d’armes en provenance des Etats-Unis, ainsi que les flux d’argent d’origine criminelle qui alimentent les cartels au Mexique.

L’atout des négociations, Luis Videgaray

Malgré ces différends autour du mur frontalier, Enrique Peña Nieto s’est engagé à œuvrer «pour avoir une bonne relation avec les Etats-Unis et son président». En vue de faciliter les relations avec l’administration Trump, le président mexicain a rappelé au gouvernement la semaine dernière son ancien ministre des Finances, Luis Videgaray.

Le nouveau ministre mexicain des Affaires étrangères avait dû démissionner du gouvernement en septembre, après avoir organisé la visite polémique à Mexico de Donald Trump, dont la rhétorique de campagne antimigrants avait heurté les Mexicains.

Mais à l’heure d’entamer des négociations délicates, les contacts pris alors par Luis Videgaray avec l’équipe Trump apparaissent comme des atouts. Videgaray «est un homme qui possède une vision stratégique, c’est un négociateur», a commenté à l’AFP Duncan Wood, directeur de l’institut mexicain au Wilson Center think tank à Washington.

Les négociations sur le mur et le traité de libre-échange Aléna prendront néanmoins du temps, voire des années, car elles devront être validées par le Congrès américain et impliqueront plusieurs pays, a rappelé Duncan Wood. Cela va être des négociations complexes, «fascinantes», prévoit l’analyste.

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