Portrait

Martin Schulz, un Européen pour affronter Angela Merkel

Martin Schulz, l’ancien président du Parlement européen, affrontera Angela Merkel le 24 septembre. Le plus populaire des candidats potentiels sociaux-démocrates au poste de chancelier est un adversaire de taille pour Angela Merkel. Parcours d’un autodidacte revenu de l’enfer de l’alcool

Le SPD a choisi Martin Schulz, 61 ans, ancien président du parlement européen, pour affronter Angela Merkel aux élections de septembre prochain. Sa nomination au poste de candidat à la chancellerie est une mauvaise nouvelle pour la chancelière, qui misait sur un rival moins populaire avec Sigmar Gabriel.

Martin Schulz est plus connu à Bruxelles qu’en Allemagne. Député européen depuis 1994, l’ancien maire et libraire de Würselen, à la frontière avec la Belgique et les Pays-Bas, est vierge de tout contentieux sur la scène politique allemande. Son nom n’est associé ni aux réformes d’inspiration libérale des gouvernements Schröder ni aux compromis qu’a dû concéder le SPD au sein de la «Grande Coalition» avec Angela Merkel.

Les coudées franches

A la différence de Sigmar Gabriel, il n’est pas membre du gouvernement, ce qui lui laissera les coudées franches pour affronter la chancelière. «Schulz représente un nouveau départ, et c’est de cela qu’il est question pour les élections», a expliqué Sigmar Gabriel pour justifier sa décision de lui céder la candidature.

Selon un sondage «Emnid» pour le Bild am Sonntag, Angela Merkel obtiendrait 39% des voix contre 38% à Martin Schulz si l’élection se déroulait au suffrage direct. La chancelière l’emporterait plus facilement (46% contre 29%) si elle devait affronter Sigmar Gabriel. Un autre sondage, réalisé cette fois auprès des sympathisants du SPD et dont les résultats sont tenus secrets a finalement accéléré la décision de Sigmar Gabriel: Martin Schulz serait de loin le plus apte à mobiliser l’électorat de gauche en sa faveur.

«Le jeune homme le plus déjanté de toute l’Allemagne…»

Martin Schulz n’est pourtant pas vraiment l’incarnation du petit peuple social-démocrate. Son père, un policier, était de condition modeste. Mais sa mère, issue de la bourgeoisie de la région, était un des membres fondateurs de la CDU dans sa petite ville de Würselen, près d’Aix-la-Chapelle.

Le jeune Martin est tout sauf sage. Renvoyé de son lycée catholique pour avoir redoublé deux fois, il est un adolescent coléreux, qui ne songe qu’au foot. Sa carrière de footballeur quasi professionnel prend fin à la suite d’une grave blessure. Martin Schulz a 20 ans et sombre dans l’alcoolisme.

Au magazine people Bunte, il racontera sa lente sortie de l’enfer. «A 20 ans, j’étais le jeune homme le plus déjanté de toute l’Allemagne… Le pire, c’était d’avoir chaque jour le sentiment d’avoir échoué», dira-t-il au sujet de ses tentatives d’abord vaines pour sortir de l’alcool.

Proximité avec l’homme de la rue

Les épreuves du passé expliqueraient sa ténacité et sa confiance en soi mais aussi son côté très humain et sa proximité avec l’homme de la rue. Autodidacte, sans formation universitaire, Martin Schulz s’est construit seul. Entré au SPD à 19 ans, il est d’abord élu conseiller municipal de sa petite commune de Würselen en 1984, puis maire en 1987. Il se présente en vain aux élections européennes en 1989. Devenu député du parlement de Strasbourg en 1994, sa carrière prend un tour européen à partir de 1994. Mais il ne néglige pas pour autant la politique nationale et entre en 1999 au bureau du SPD, la principale instance dirigeante du parti social démocrate allemand.

«Cet homme de gauche va mettre l’Europe au centre de la campagne électorale allemande, ce qui sera une bonne chose», estime l’ancien député européen écologiste Daniel Cohn-Bendit. «Pour que le SPD remonte dans les sondages, il aura besoin d’un repositionnement sur les vieilles valeurs de la social-démocratie, l’ouverture d’esprit sur les questions sociales, la tolérance, la culture politique du compromis», estime le politologue Konstantin Vössing, de l’Université Humboldt de Berlin.

Jeu des chaises musicales

Le choix de Martin Schulz pour diriger la liste du Parti social démocrate a surpris en Allemagne. Un congrès extraordinaire du parti devait en effet valider dimanche 29 janvier la candidature du chef du SPD, le vice-chancelier et ministre de l’Economie Sigmar Gabriel, pour affronter Angela Merkel lors des élections du 24 septembre prochain.

Mais Sigmar Gabriel, dont les hésitations étaient connues, a finalement jeté l’éponge mardi en fin de journée, laissant la place à Martin Schulz, qui récupérera également le poste de Président du SPD, indispensable pour mener la campagne. Gabriel passera, lui, de l’Economie aux Affaires Etrangères, un poste vacant depuis que son actuel occupant, Franck-Walter Steinmeier, est pressenti pour devenir président de la République.

Le jeu de chaises musicales à la tête du SPD redonne espoir à la base du parti social-démocrate allemand, crédité de 20 à 23% des intentions de vote contre 35 à 38% pour la CDU. Le SPD est à l’origine de la plupart des lois populaires adoptées par la grande coalition au pouvoir depuis 2013. Le salaire minimum, les quotas féminins à la tête des entreprises, la réforme de la réforme des retraites ont été imposées par les Sociaux-démocrates à une chancelière réticente. Pourtant, elle seule semble profiter de la popularité de son gouvernement.


Profil

1955: Naissance à Hehlrath, dans l’ouest de l’Allemagne.

1974: S’engage dans les rangs des Jusos (les jeunes sociaux-démocrates).

1982: Ouvre sa librairie à Würselen.

1987: Devient maire de Würselen.

1994: Elu député au Parlement européen.

2012: Devient président du parlement européen.

2017: Candidat du SPD au poste de chancelier.

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