Gouvernance

Les Etats-Unis, une démocratie «imparfaite»

L’indice de la démocratie dressé par The Economist déclasse la première puissance mondiale

Ce n’est pas l’un des effets de l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche mais plutôt la raison de son succès: les Etats-Unis sont désormais considérés comme une démocratie «imparfaite». C’est du moins le jugement du centre de réflexion britannique The Economist Intelligence Unit (EIU) dont l’indice des démocraties s’est imposé comme un outil de référence.

«Les Etats-Unis, porte-étendard de la démocratie dans le monde entier, sont devenus en 2016 une «démocratie imparfaite» du fait de la baisse de la confiance de la population dans le fonctionnement de leurs institutions», écrivent les auteurs de l’étude qui liste 165 pays en quatre catégories: démocraties (19 pays), démocraties imparfaites (55), régimes hybrides (40) et régimes autoritaires (51).

Perte de confiance

«On observe le même phénomène partout, mais surtout dans le monde occidental, réagit Erik van der Marel, professeur au Centre européen d’économie politique internationale à Bruxelles. La perte de confiance envers les gouvernements, les institutions, les partis politiques et les médias s’inscrit dans une société de plus en plus polarisée. Cela s’explique par de multiples facteurs: l’ouverture des frontières, la globalisation économique, les bouleversements technologiques, l’immigration et le renforcement des inégalités. Les perdants – ou ceux qui ont le sentiment d’une perte – attendent une protection de gouvernements qui ne répondent pas à leur attente. Il y a par conséquent une grande frustration.»

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La défiance des Américains envers les institutions politiques, précise pour sa part l’EIU, s’explique par les disparités de richesses grandissantes, les blocages au Congrès, la crise financière et les fermetures partielles des administrations fédérales. L’élection de Donald Trump – tout comme le vote en faveur du Brexit – est l’expression d’une profonde insatisfaction politique.

La Suisse aussi rétrogradée

Une soixantaine de critères sont pris en compte pour évaluer le fonctionnement politique des Etats regroupés en cinq catégories: le processus électoral et le pluralisme; les libertés civiles; le fonctionnement du gouvernement; la participation politique et la culture politique.

14 des 19 démocraties «pleines et entières» sont européennes, la Norvège arrivant en tête devant l’Islande et la Suède. La Suisse rétrograde de deux places et se positionne au 8e rang. En d’autres termes, seule une minorité de la population mondiale (4,5%) vit dans un régime démocratique véritablement fonctionnel. Les Etats-Unis rejoignent la France (24e) et l’Italie (21e) dans le club des démocraties «imparfaites». La Corée du Nord arrive en fin de classement dans la catégorie régimes autoritaires en compagnie de la Russie (127) et la Chine (129).

Corée du Nord en dernier

Le résultat moyen de l’ensemble des pays pris en compte montre un recul général (5,55 à 5,52 sur une échelle de 0 à 10). C’est particulièrement vrai pour les 19 pays de l’Europe de l’Est dont onze sont membres de l’Union européenne. «Le monde n’a jamais été aussi riche, la protection sociale si développée, commente Erik van der Marel. Sans doute faut-il comparer ce phénomène avec la fin de la première grande vague de globalisation avant la Première guerre mondiale. Les historiens sont les mieux à même d’en juger.»

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