Russie

L’Amiral-Kouznetzov en Syrie: «Mission accomplie!»

Le porte-avions russe est en voie de rejoindre sa base dans l’Arctique. Mais à quoi a servi ce déploiement de force?

«Mission accomplie!» C’est un concert de louanges qu’ont entamé les responsables russes et les médias officiels pour accompagner le retour à la maison du porte-avions russe Amiral-Kouznetzov et de l’armada qui l’entoure. Parti en octobre dernier de sa base de Severomorsk, dans l’Arctique, le groupe aéronaval de la Flotte du Nord a contribué depuis novembre aux opérations russes en Syrie. Une «expédition historique», selon Moscou, qui a surtout marqué les esprits par la traînée de fumée noire laissée par la cheminée fumante du Kouznetzov ainsi que par la perte de deux avions – un MiG-29K et un Su-33 – lors de leur appontage, l’atterrissage sur le porte-avions.

Selon les chiffres officiels russes, le déploiement de l’Amiral-Kouznetzov, le seul porte-avions russe, inauguré il y a trois décennies du temps de l’Union soviétique, aurait permis de frapper en Syrie 1252 objectifs «terroristes» au cours de 420 sorties de ses appareils embarqués. A en croire Washington, le nombre de ces sorties serait en réalité de 154, parmi lesquelles les deux qui ont été funestes pour les avions de combat. «C’est une guerre. Les pilotes ont réussi à s’éjecter, c’est le plus important. La machine, ce n’est que de la machine, nous allons continuer à construire de nouveaux avions», assurait à cet égard l’amiral Viktor Kravchenko, cité par la presse russe.

Les experts occidentaux sont toutefois unanimes à considérer que la contribution du porte-avions n’a pas été déterminante dans le cours des opérations menées par la Russie en Syrie. Mission accomplie? «Pour la Russie, il s’agissait d’abord d’une manoeuvre traditionnelle de «diplomatie navale»: porter le pavillon national dans des zones maritimes éloignées et se montrer capable d’y assurer une présence», affirme Igor Delanoe, directeur adjoint de l’Observatoire franco-russe. Alors que l’Amiral-Kouznetzov a surtout une vocation défensive, il s’agissait aussi, note le chercheur, de prouver que la Russie peut mener des missions de combat comparables à celles qu’entreprennent les Etats-Unis ou la France avec leurs porte-avions. A ces objectifs, Igor Delanoe en ajoute toutefois un troisième: en théâtralisant aujourd’hui le départ de son porte-avions, la Russie peut ainsi mettre en scène l’entrée d’une nouvelle phase dans la guerre syrienne. «C’est une manière d’appuyer l’idée que le processus diplomatique prend le relais», résume-t-il.

Problèmes de ravitaillement

Alors que le long voyage aller du porte-avions avait été marqué par le refus quasi unanime de ravitailler l’armada (seule l’Algérie avait finalement donné son accord), les médias officiels russes mettent l’accent aujourd’hui sur le branle-bas de combat qui accompagne la présence de ces navires russes le long des côtes européennes. «L’opération de surveillance du groupe aéronaval de l’Amiral-Kouznetsov aurait coûté quelque 1,6 million d’euros à la Grande-Bretagne», clame ainsi l’agence Sputnik en glosant sur le fait que l’armée britannique a décidé ainsi «d’escorter» à grands frais les bâtiments russes. Le secrétaire d’État britannique à la Défense, Michael Fallon, a évoqué à propos de l’Amiral-Kouznetsov la présence du «navire de la honte». Avant les Britanniques, et que l’armada russe emprunte la Manche, c’étaient les marines français, portugaise, espagnole et belge qui s’étaient montrées sur le pied de guerre ces derniers jours.

Une fois arrivé à Severomorsk, l’Amiral-Kouznetsov devrait être «modernisé» en profondeur, ce qui devrait le rendre inopérationnel pendant plusieurs années. Et, malgré les annonces faites par Moscou, il paraît peu vraisemblable, selon Igor Delanoe, que la Russie – qui manque de chantiers navals autant que de moyens budgétaires – se lance dans la construction d’un nouveau porte-avions.

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