Ukraine

Le Donbass est au bord d’une nouvelle éruption de violence

De violents combats ont éclaté à Avdiivka, en banlieue nord de Donetsk, faisant au moins 11 morts et provoqué une crise humanitaire inédite en raison du froid glacial dans la région

Au cœur d’un hiver glacial, ponctué de nuits où le mercure plonge en dessous des -20 degrés, le Donbass connaît un épisode de violences inédit. Depuis dimanche, des combats d’artillerie intenses, accompagnés de mouvements d’infanterie, balaient les espaces mi-industriels mi-urbains enneigés du nord de la métropole du Donbass. De part et d’autre la ligne de front qui serpente entre Donetsk et Avdiivka, 11 personnes auraient perdu la vie en moins de trois jours.

Comme à l’accoutumée, l’état-major de Kiev et les milices séparatistes se sont mutuellement accusés du premier coup de canon. Il semble néanmoins que dimanche matin, l’artillerie séparatiste, positionnée au nord de Donetsk, ait copieusement arrosé d’obus la zone industrielle d’Avdiivka, contrôlée par l’armée, afin de reprendre le contrôle de cette zone stratégique, riche d’installations industrielles et nœud de communication.

Des 35 000 à 22 000 habitants

Peuplée de 35 000 habitants en 2014, Avdiivka a été un des théâtres militaires les plus violents durant la première année de la guerre. En passe de perdre le Donbass, l’armée s’était alors solidement positionnée dans cette banlieue industrielle typique, siège de la plus grande usine de coke d’Europe, un des fleurons de l’empire de l’oligarque Rinat Akhmetov, homme le plus riche du pays. Une petite ville anodine au cœur des flux de charbon et d’argent…

Depuis plus d’un an, l’armée s’est fortifiée dans la Promzone, la zone industrielle sud d’Avdiivka, qui est adossée à l’autoroute périphérique de Donetsk. Les soldats fidèles à Kiev y contrôlent des positions avancées fortifiées qui surmontent un échangeur routier stratégique ainsi que des installations ferroviaires permettant les communications entre Donetsk et le troisième bastion séparatiste, la ville de Horlivka.

En cours de journée de dimanche, l’armée a engagé le duel et, selon plusieurs sources concordantes, aurait repris du terrain. Les autorités de Kiev ont déclaré mardi «avoir établi une position plus défendable au sud d’Avdiivka». Dans les combats, huit soldats ukrainiens ont été tués et 26 blessés tandis que le leadership pro-russe a officialisé la mort au combat d’Ivan Balakay, le commandant du Bataillon Vostok, une des principales formations séparatistes.

Tirs de missiles Grad sur des zones habitées

Pour la première fois depuis des mois, des obus d’artillerie se sont abattus sur le centre-ville d’Avdiivka où deux civils ont été blessés. Les tirs ukrainiens ont également atteint la ville de Donetsk où selon une source humanitaire sur place, «deux personnes ont été tuées, trois blessées, et les habitations endommagées se comptent par douzaines». Les séparatistes ont également déclenché des tirs de missiles multiples Grad en zones habitées par des civils.

«La situation est très critique, confie au Temps un volontaire paramédical ukrainien basé à Avdiivka. Il n’y a plus d’électricité et d’eau dans toute la ville et le réseau de téléphonie mobile est très faible.» Plus grave, le chauffage urbain, branché à l’usine de coke, a été interrompu par les tirs. Si 22 000 habitants résidaient encore dans la ville en décembre, quelque 17 000 personnes seraient à la merci de températures polaires sous les bombardements.

400 000 personnes menacées par une pénurie de chauffage

Das la nuit de lundi à mardi, au moins un obus a touché l’hôpital civil et militaire d’Avdiivka situé dans le centre-ville et les patients alités ont dû être évacués. Hier, l’état d’urgence a été déclenché dans la ville, et selon les autorités, 400 000 personnes de la région seraient menacées par l’absence de chauffage. Les autorités de Kiev ont mobilisé de façon préventive deux trains et plusieurs dizaines de bus, au cas où une évacuation des civils serait à l’ordre du jour.

«Les bombardements ne s’arrêtent pas et les équipes de maintenance ne seront pas en mesure de rétablir l’électricité», déclarait hier soir Pavo Zhebrinskyi, gouverneur de la région de Donetsk sous administration ukrainienne. Pour les civils qui n’ont pas pu se réfugier ailleurs, l’armée a installé des tentes, tandis que les hommes, les femmes et les enfants se réchauffent, comme ils peuvent, devant de simples braseros.

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