Proche-Orient

Israël-Palestine: Washington n’écarte pas la solution d’un seul Etat

Le président Donald Trump a accueilli mercredi à la Maison-Blanche le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou alors que la nouvelle administration n’écarte pas la solution d’un Etat binational si les parties, dit-elle, s’accordent sur cette solution

Avant même la première rencontre officielle entre Benyamin Netanyahou et Donald Trump mercredi vers 18 heures suisses à Washington, l’entourage du premier ministre israélien estimait déjà avoir remporté deux victoires importantes. La plus évidente, c’est que, près d’un mois après son entrée en fonction, le chef de l’exécutif américain n’a toujours pas, comme le faisaient ses prédécesseurs, invité le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas à le rencontrer. Certes, il a envoyé le chef de la CIA, Mike Pompeo, à Ramallah mais ce n’est pas la même chose.

Quant à la victoire la plus significative aux yeux des dirigeants de l’Etat hébreu, elle réside dans la déclaration du porte-parole de la Maison-Blanche Sean Spicer selon laquelle «la paix est l’objectif, que ce soit sous la forme d’une solution à deux Etats si c’est ce que les parties veulent, ou de quelque chose d’autre si elles le veulent également».

«Bonne nouvelle» pour le parti des colons

En clair, cela signifie que contrairement à Bill Clinton, à George Bush et à Barack Obama, le nouveau président ne s’accroche pas aux Accords d’Oslo (septembre 1993) prévoyant deux Etats vivant pacifiquement côte à côte. «C’est une bonne nouvelle», jubile le ministre israélien de l’Education, Naftali Benett, qui est également le leader du parti des colons Foyer juif. «Car Oslo est un mythe dont les seuls résultats concrets sont les attentats suicides et l’Intifada.»

Certes, pour l’heure, la solution à deux Etats n’est pas officiellement enterrée même si Israël et l’AP ne négocient plus depuis 2013. Mais par quoi sera-t-elle remplacée si elle devait être abandonnée? Par un dispositif prévoyant un Etat binational (Israël) s’étendant de la Méditerranée au Jourdain et englobant, en plus des 8 millions d’Israéliens (dont 1,5 million d’Arabes) les 2,5 millions de Palestiniens de Cisjordanie.

Envisageable? Pas par l’AP, en tout cas. «Croire que nous pourrions accepter d’être considérés comme des citoyens de seconde zone dans un Etat où nous n’aurions rien à dire est ridicule. C’est mal nous connaître», assène le colonel Jibril Rajoub, l’un des hommes forts du Fatah de Cisjordanie.

Pas de droits politiques pour les Palestiniens

Pourtant, à Jérusalem, Naftali Bennett et les faucons du gouvernement poussent leur premier ministre à réfléchir sérieusement à cette perspective. Ils rêvent en effet de voir leur pays annexer 62% de la Cisjordanie, c’est-à-dire les zones dans lesquelles se trouvent les grands blocs de colonies. Y compris les dizaines de milliers de Palestiniens des alentours.

Ceux-ci bénéficieraient de tous les droits sociaux accordés aux ressortissants de l’Etat hébreu, mais pas des droits politiques. Ils ne pourraient donc pas voter ni exercer des fonctions électives. En outre, ils n’auraient pas accès aux hautes fonctions administratives, aux postes de commandement de l’armée, ainsi qu’aux fonctions à responsabilité dans les services de sécurité.

«Zones autonomes»

«Comment ne pas voir qu’un Etat binational instaurerait un régime d’apartheid qui ne dirait pas son nom?, interroge le député progressiste israélien Dov Hanin. Les Palestiniens seraient parqués dans des sortes de bantoustans que l’on baptiserait «zones autonomes», mais ce serait copier ce qui se faisait en Afrique du Sud à l’époque.»

Les Accords d’Oslo ont divisé la Cisjordanie en une zone A (20% du territoire et 55% de la population palestinienne) entièrement contrôlée par l’AP, une zone B (28% du territoire et 41% de la population palestinienne) dans laquelle l’AP exerce des compétences administratives et Israël les compétences sécuritaires, ainsi qu’une zone C (62% du territoire et 4% de la population) sous contrôle total israélien.

L’idée d’un Etat binational a commencé à trouver de l’écho parmi les colons et au sein de la droite nationaliste israélienne à partir de 2013-14. Dans un premier temps, les faucons israéliens proposent d’ailleurs que leur pays la teste en grandeur nature en annexant la zone C. Ce que Benyamin Netanyahou fait mine de ne pas entendre.

Le dilemme démographique

«Il ne dit rien publiquement, mais en privé il m’a souvent répété que l’idée d’annexer la Cisjordanie l’inquiète en raison de l’aspect démographique du problème», affirme l’ex-ministre Rony Milo (Likoud). En effet, dans les territoires actuellement occupés et qui seraient annexé si l’on suit Naftali Benett et ses amis, le taux de fertilité des femmes palestiniennes est supérieur à celui de leurs consœurs juives israéliennes. A terme, la minorité arabe du nouvel l’Etat binational deviendrait donc majoritaire. Et le projet sioniste lancé en 1897 par Théodore Herzl se diluerait dans un avenir incertain.

Durant la conférence de presse qui précédait leur rencontre d’hier, Benyamin Netanyahou et Donald Trump ont peu évoqué le conflit israélo-palestinien. Le président américain a certes déclaré qu’il encourage la conclusion d’un accord de paix entre les deux parties mais il s’est aligné sur l’idée de son hôte visant à organiser une conférence de paix régionale et non plus des négociations directes entre Israéliens et Palestiniens.

Donald Trump a en tout cas précisé, comme l’avait déjà fait son porte-parole quelques heures plus tôt, qu’il n’a aucune préférence entre une solution de paix prévoyant un ou deux Etats. «Je suivrai ce que les parties auront décidé», a-t-il affirmé à côté d’un premier ministre israélien qui ne cachait pas son plaisir. Le président a toutefois appelé l’Etat hébreu à «la retenue» sur la poursuite de la colonisation dans les Territoires occupés.

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