Allemagne

Ecoutes américaines: Angela Merkel répète n'avoir rien su

La chancelière était invitée jeudi à témoigner devant la Commission d’enquête parlementaire du Bundestag sur le scandale des écoutes de la NSA. Elle a répété n'avoir rien su des agissements des services de renseignements allemands impliqués dans le scandale

Angela Merkel en est restée à ses premières déclarations. Lorsque avait éclaté le scandale de l’espionnage du gouvernement fédéral allemand par l’agence de renseignements américaine NSA en 2013, la chancelière, apprenant que l’allié américain avait écouté jusqu’à son propre téléphone portable, avait décrété: «Espionner entre amis, ça ne va pas du tout!»

Jeudi, elle était entendue à son tour devant la commission d’enquête parlementaire du Bundestag, qui tente depuis près de trois ans de faire toute la lumière sur cette affaire. En quelque 130 auditions, les députés ont recueilli les dépositions de presque tout le gratin de la classe politique allemande et de quantité d’experts. La déposition de la chancelière sera la dernière de cette enquête particulièrement longue.

Scandale dans le scandale

La principale contribution de cette commission à l’établissement de la vérité aura été de révéler un autre scandale dans le scandale: le soutien logistique apporté par les services de renseignements allemands BND à la NSA. «Sur le scandale NSA, on ne sait aujourd’hui rien de plus que ce qu’ont révélé les documents Snowden, explique Markus Beckedahl, le chef de la plateforme spécialisée Netzpolitik.org. Le véritable mérite de la commission d’enquête parlementaire est d’avoir révélé à quel point le BND était impliqué dans le scandale.»

Petit retour en arrière. En juin 2013 sont publiés les documents secrets de l’agent américain Edward Snowden. Dans un pays fortement marqué par son passé, nazi puis communiste à l’Est, la question de l’espionnage est toujours très sensible. Les révélations de Snowden font l’effet d’un tremblement de terre. L’allié américain, loin de se contenter de séjourner dans ses nombreuses casernes réparties sur le sol allemand, a pendant des décennies espionné la classe politique germanique.

Plus grave aux yeux de l’opinion, la NSA pouvait compter sur le soutien des renseignements allemands. Le BND (les renseignements extérieurs) a en effet méthodiquement espionné pendant des années, à la demande des Américains, le bureau du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, les instances dirigeantes de l’Union européenne, les faits et gestes de l’ancien ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius et quantité d’autres «amis». «Il ne faut pas oublier que ce sont les services secrets américains qui ont mis sur pied les services secrets allemands après la guerre, rappelle Markus Beckedahl. Il y a toujours eu une étroite collaboration entre les deux.»

Espionnage sans contrôle

A écouter les dépositions de certains proches d’Angela Merkel, les agents du BND auraient agi sans contrôle, prenant d’eux-mêmes l’initiative d’espionner l’un ou l’autre sans même avoir reçu une requête américaine.

Que savait le gouvernent allemand – et plus précisément Angela Merkel – de ces activités? C’est sur ce point que la Commission d’enquête parlementaire tente de faire la lumière. La question pourrait être en effet compromettante pour le gouvernement: le BND rapporte en principe directement à la chancellerie.

Angela Merkel, attaquée à plusieurs reprises au cours des trois dernières années à ce sujet, a maintenu jeudi devant les députés sa ligne de défense: elle n’était pas informée des détails techniques du travail du BND, pas plus d’ailleurs que ses collaborateurs directs, et n’a été informée de pratiques indélicates des renseignements allemands que tard, en mars 2015.

A aucun moment la sécurité du pays n’aurait été en danger, Angela Merkel ayant toujours adapté son mode de communication au niveau de confidentialité du contenu. En matière d’espionnage, «il faut toujours trouver un équilibre entre protection contre le terrorisme et respect de la sphère privée». Enfin, l’Allemagne aurait véritablement tenté de conclure avec les Etats-Unis un accord no-spy, proposé par les Etats-Unis en 2013 puis enterré par les Américains sans explications.

Pas d’excuses d’Obama

Les relations personnelles d’Angela Merkel et de Barack Obama ont longtemps souffert du scandale des écoutes de la NSA. L’ancien président américain – qui n’a jamais présenté d’excuses – s’était contenté d’un aveu indirect, en assurant à «Angela» que son portable ne serait plus écouté. Les Grünen et le parti néocommuniste Die Linke, tous deux dans l’opposition sont convaincus qu’Angela Merkel «n’a dit qu’un quart de la vérité», selon le député Vert Hans-Christian Ströbele.

«Il est tout à fait possible qu’Angela Merkel n’ait rien su, estime pour sa part Markus Beckedahl. Il est possible qu’elle ait délibérément exigé de ne pas être informée des agissements exacts des services secrets pour se protéger. De notre point de vue, cela ne la protège pas sur le plan politique.»

Dans le sillage du scandale, la coalition CDU-SPD au pouvoir avait considérablement renforcé les pouvoirs accordés aux renseignements allemands. «Depuis la réforme, le BND peut conserver les données collectées dans le cadre de la lutte contre le terrorisme pendant six mois et poser des câbles partout, résume Markus Beckedahl. Cette loi est le fruit d’un compromis entre la CDU et le SPD», soucieux de renforcer la lutte contre le terrorisme.

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